

Rapport de l’UE sur les droits de l’homme: 7 pays clés pour l’ECLJ
Dans son rapport annuel 2025 sur les droits de l’homme et la démocratie, l’UE dénonce les violences contre les chrétiens dans six pays au cœur du plaidoyer de l’ECLJ : la Turquie, l’Algérie, l’Arménie (Haut-Karabakh), la Syrie, l’Inde et le Pakistan. En revanche, son silence sur la persécution des chrétiens dans un septième pays, le Nigeria, interpelle.
L’Union européenne a publié le 11 août 2026 son rapport annuel 2025 sur les droits de l’homme et la démocratie dans le monde. Son constat alerte sur la progression des autocraties et la multiplication des conflits, nourries par la désinformation et la censure. Face à ce recul des libertés, Bruxelles réaffirme son engagement. L’UE met en avant le soutien aux défenseurs des droits, le recul de la peine de mort et les transitions démocratiques portées par la jeunesse.
Le rapport classe ses interventions selon la proximité géographique et politique des États :
Pays candidat à l’adhésion, la Turquie entretient une relation institutionnelle étroite mais tendue avec l’Union européenne. L’UE finance la société civile via l’instrument d’aide de préadhésion (IPA III), mais constate une détérioration continue de l’État de droit. Bruxelles pointe l’ingérence de l’exécutif dans la justice et le non-respect des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), notamment dans les affaires Kavala et Demirtaş. Sur la liberté religieuse, le rapport européen reste généraliste : il évoque des préjugés et discours de haine contre les minorités non musulmanes, sans détailler les discriminations quotidiennes qui visent les chrétiens.
En réponse, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) concentre précisément son action sur le terrain judiciaire. Devant la CEDH, nous dénonçons les expulsions systématiques de chrétiens étrangers engagés dans des activités religieuses pacifiques et parfaitement légales. L’Association des Églises Protestantes de Turquie (TEK) recense au moins 178 protestants étrangers visés entre 2019 et 2025, impactant 380 personnes avec leurs familles. Après avoir épuisé les voies de recours internes, des dizaines de victimes ont saisi la CEDH. Nous avons été autorisés à intervenir dans les affaires pendantes Wiest et Wilson, et avons demandé à intervenir dans l’affaire Platt.
En mai 2026, la CEDH a rendu un arrêt marquant dans l’affaire Mavrakis. La Cour a condamné la Turquie pour avoir empêché deux prêtres grecs orthodoxes de siéger au conseil d’administration de leurs fondations religieuses à Istanbul. Cette décision concrétise le travail de l’ECLJ contre le contrôle étatique asphyxiant les communautés chrétiennes en Turquie. Cependant, le 26 août 2026, la Turquie a réclamé le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre, imposant peut-être une nouvelle étape judiciaire.
L’ECLJ a également demandé à intervenir dans l’affaire Yedikule Surp Pirgiç Ermeni Hastanesi Vakfi. Ce dossier concerne la spoliation immobilière d’une fondation d’hôpital arménien, classée à tort comme désaffectée pour la placer sous tutelle publique. En novembre 2025, nous étions déjà intervenus dans une affaire, toujours pendante, de spoliation immobilière concernant cette même fondation arménienne.
La relation entre l’UE et l’Algérie s’inscrit dans le cadre de leur Accord d’association. Bruxelles y privilégie un dialogue diplomatique prudent. Le rapport européen reste mesuré : s’il mentionne des atteintes à la liberté de religion visant les chrétiens et les ahmadis, il se limite à signaler la fermeture de lieux de culte et les poursuites pour prosélytisme, sans remettre en cause le partenariat global.
À l’occasion de la visite pontificale d’avril 2026, l’ECLJ a publié un rapport sur « L’oppression des chrétiens d’Algérie ». Depuis notre campagne de plaidoyer médiatique et institutionnel, nous continuons notre mobilisation auprès des ambassades occidentales, de la Commission européenne et des Rapporteurs spéciaux de l’ONU pour maintenir une pression internationale sur Alger.
L’UE et l’Arménie ont renforcé leur rapprochement par la signature, fin 2025, d’un Agenda stratégique de partenariat et l’engagement d’un processus de libéralisation des visas. Bruxelles finance l’intégration des plus de 100 000 Arméniens expulsés du Haut-Karabakh en 2023. Le rapport 2025 de l’UE traite la situation sous l’angle humanitaire et institutionnel, sans dénoncer le nettoyage ethnique ni la destruction du patrimoine religieux chrétien.
La victoire de Nikol Pachinian aux élections législatives de juin 2026 confirme la trajectoire européenne du pays. Cette politique s’accompagne toutefois d’une dérive autoritaire et de l’emprisonnement d’opposants. Le gouvernement a également intensifié les poursuites pénales contre l’Église apostolique arménienne, pilier culturel et spirituel national. À l’approche des trois ans de la chute du Haut-Karabakh, l’ECLJ prépare un rapport dédié et coorganise un événement au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le 29 septembre 2026.
Après la chute du régime d’Assad en décembre 2024, l’UE a levé ses sanctions économiques générales pour accompagner la transition, tout en conditionnant son aide au respect des libertés. Le rapport européen note une amélioration de la liberté de la presse, mais souligne l’émergence de violences communautaires, la lenteur de la justice transitionnelle et l’attentat contre l’église Mar Elias à Damas en juin 2025. Il constate également la marginalisation des minorités non sunnites dans les nouvelles instances.
L’ECLJ se mobilise pour préserver la place des chrétiens d’Orient dans cette transition. Nous demandons aux institutions européennes et aux États membres de veiller, dans leur normalisation du nouveau pouvoir syrien, au respect de garanties explicites sur les droits et la sécurité des communautés chrétiennes. Dans cette perspective, l’ECLJ a contribué à l’Examen périodique universel (EPU) à l’ONU en juin 2026 et coorganise une conférence au Parlement européen à Bruxelles, le 8 septembre 2026.
Partenaire économique et stratégique majeur de l’UE, l’Inde fait l’objet d’un suivi diplomatique mesuré. Bruxelles suit les discriminations et les violences visant les minorités religieuses, musulmanes comme chrétiennes. Parallèlement, l’UE s’inquiète du rétrécissement de l’espace civique causé par l’application rigide de la loi FCRA (Foreign Contribution Regulation Act).
La fermeture forcée et le non-renouvellement des licences de nombreuses ONG, en raison de cette réglementation sur les financements étrangers, asphyxient les structures chrétiennes. L’ECLJ a dénoncé ces effets auprès des Rapporteurs spéciaux de l’ONU et de différentes ambassades pour défendre le droit des associations chrétiennes indiennes à poursuivre leurs œuvres sociales sans entrave étatique.
Le Pakistan bénéficie du régime commercial préférentiel GSP+ accordé par l’UE, un levier économique conditionné au respect de 27 conventions internationales sur les droits de l’homme. Dans son rapport, l’UE constate que les minorités religieuses — chrétiens, ahmadis et hindous — font face à de graves menaces : discours de haine, accusations de blasphème et violences populaires. Le document soulève également l’impact disproportionné sur les chrétiens du travail forcé, le détournement des lois sur le blasphème et les mariages et conversions forcés à l’islam visant les femmes et jeunes filles chrétiennes.
Le Parlement européen a adopté, le 9 juillet 2026, une résolution consacrée à l’enlèvement, la conversion forcée et le mariage précoce de Maria Shahbaz, une chrétienne de douze ans. Les députés ont condamné les persécutions ciblant les minorités, demandé l’abrogation des lois sur le blasphème et rappelé que les avantages commerciaux du Pakistan dépendent du respect des droits fondamentaux.
Dans une déclaration écrite transmise au Conseil des droits de l’homme le 23 mai 2026, l’ECLJ a alerté sur les condamnations à mort et les violations des garanties procédurales. Par l’intermédiaire de son bureau d’avocats partenaire à Lahore, l’ECLJ assure la défense de cinq chrétiens poursuivis pour blasphème, dont quatre se trouvent dans le couloir de la mort.
Il s’agit du décalage le plus frappant du rapport européen. Alors que le Nigeria subit des attaques sanglantes régulières visant des villages et des églises chrétiennes, le document de l’UE passe ces violences sous silence. Bruxelles présente le pays comme la plus grande démocratie multiethnique et multireligieuse d’Afrique, comptant environ 237,5 millions d’habitants. L’UE se limite à dénoncer une insécurité persistante, la corruption et l’accès inégal à la justice, reléguant la liberté religieuse à une mention générique.
En contraste, le Parlement européen a adopté, le 9 juillet 2026, une résolution consacrée aux persécutions visant les chrétiens au Nigeria. Les députés y condamnent l’impunité, réclament des enquêtes indépendantes et rappellent que les chrétiens constituent le groupe religieux le plus persécuté au monde. Tout en maintenant une analyse multifactorielle des conflits, le Parlement appelle à renforcer la protection des communautés chrétiennes.
Au Nigeria, l’ONG Portes Ouvertes estime qu’un chrétien meurt pour sa foi toutes les deux heures. Pour faire reconnaître cette réalité, l’ECLJ intervient directement auprès de la Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion et multiplie les déclarations devant le Conseil des droits de l’homme.