

L'UE dénonce la persécution des chrétiens au Pakistan
Le Parlement européen a adopté, le 9 juillet 2026, une résolution consacrée à l’enlèvement, la conversion forcée à l’islam et le mariage précoce de Maria Shahbaz, une jeune chrétienne pakistanaise de douze ans. Les députés condamnent les persécutions visant les minorités religieuses, demandent l’abrogation des lois sur le blasphème contre l’islam et rappellent que les avantages commerciaux accordés au Pakistan dépendent du respect des droits fondamentaux.
Maria Shahbaz avait douze ans lorsqu’elle a été enlevée en juillet 2025 à Lahore. Selon sa famille, elle a ensuite été contrainte de se convertir à l’islam et d’épouser un homme musulman de trente ans. En février 2026, la Cour constitutionnelle fédérale du Pakistan a confirmé les décisions des juridictions inférieures. Elle a maintenu le mariage et reconnu à l’époux présumé la qualité de tuteur légal de Maria.
Dans sa résolution du 9 juillet 2026, les députés demandent désormais aux autorités pakistanaises d’assurer la protection de Maria Shahbaz, de lui garantir un accès à une assistance juridique et psychologique indépendante, et de procéder à un réexamen complet et impartial de son affaire, dans le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Ils rappellent également que cette affaire ne constitue pas un cas isolé. Les enlèvements, conversions forcées et mariages précoces touchent régulièrement les jeunes filles chrétiennes et hindoues au Pakistan. Selon les Nations unies, près des trois quarts des victimes appartiennent à la communauté hindoue et un quart à la communauté chrétienne.
À première vue, l’affaire Maria Shahbaz oppose le droit civil pakistanais, qui réprime le mariage d’enfant, à l’islam, qui autorise le mariage après la puberté. L’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle fédérale révèle pourtant une difficulté plus profonde. La Cour maintient le mariage tout en rappelant que le Child Marriage Restraint Act n’empêche nullement les poursuites pénales contre l’époux ni contre les personnes ayant célébré ou facilité le mariage.
Pour l’ECLJ, la priorité consiste donc à faire appliquer le droit existant. Les procédures pour mariage d’enfant, enlèvement, falsification de documents ou viol sur mineure doivent se poursuivre indépendamment du contentieux relatif à la garde de l’enfant, à la validité du mariage ou au consentement allégué de la victime. En matière d’infractions sexuelles sur mineur, le droit pakistanais considère déjà que le consentement d’une victime mineure est juridiquement sans effet. Plusieurs juridictions pakistanaises, ainsi que la Cour fédérale de la charia, ont également reconnu qu’un âge minimum légal pour le mariage demeure compatible avec le droit islamique.
La résolution dépasse largement le cas de Maria Shahbaz. Les députés dénoncent les discriminations, les violences et les intimidations visant les chrétiens au Pakistan. Ils demandent au gouvernement d’abroger les lois sur le blasphème contre l’islam et de mettre fin aux persécutions contre les minorités religieuses. Ces recommandations rejoignent celles que l’ECLJ transmet régulièrement au Parlement européen et au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
L’article 295-C du Code pénal pakistanais prévoit toujours la peine de mort pour blasphème contre l’islam. Les autorités ont enregistré un nombre record de 344 nouvelles affaires en 2024. Plus d’une centaine de personnes ont été lynchées entre 1994 et 2024 après de simples accusations de blasphème, dont vingt-six chrétiens. Une quarantaine de personnes attendent aujourd’hui leur exécution.
Dans une déclaration écrite transmise au Conseil des droits de l’homme le 23 mai 2026, l’ECLJ a alerté sur ces condamnations à mort et sur les graves violations des garanties procédurales qui entourent ces affaires. Par l’intermédiaire de son bureau d’avocats partenaire au Pakistan, l’ECLJ assure également la défense de cinq chrétiens poursuivis pour blasphème. Quatre d’entre eux se trouvent actuellement dans le couloir de la mort.
Le Parlement demande à l’Union européenne et aux États membres d’aborder systématiquement les conversions forcées, les mariages d’enfants et les persécutions contre les minorités religieuses dans leurs relations avec Islamabad. Les députés rappellent également que le maintien du régime commercial préférentiel SPG+ dépend du respect effectif des engagements internationaux du Pakistan en matière de droits de l’homme. À défaut de progrès, ce statut pourrait être retiré.
L’ECLJ appelle le Pakistan à assurer une protection effective des chrétiens et des autres minorités religieuses contre les persécutions. Protéger les jeunes filles vulnérables ne suppose pas nécessairement d’adopter de nouvelles lois. Si le mariage d’une mineure constitue déjà une infraction pénale, ses auteurs doivent être poursuivis. L’application effective du Child Marriage Restraint Act, en combinaison avec les dispositions pertinentes du Code pénal pakistanais, offrirait une protection immédiate aux mineures victimes de mariages forcés et contribuerait à prévenir de nouveaux abus.