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Henri Caillavet and the French Law on “Aid in Dying”

Caillavet & the Law on “Aid in Dying”

By ECLJ1783436486576
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In French only.

La proposition de loi relative au «droit à l’aide à mourir», adoptée en troisième lecture par l’Assemblée nationale le 30 juin 2026, marque une rupture majeure dans le droit français. Elle organise l’accès au suicide assisté et à l’euthanasie dans des conditions particulièrement larges. Ce texte s’inscrit dans une histoire intellectuelle et militante dont Henri Caillavet fut l’un des artisans. Pourtant, l’une des références historiques du combat pour l’euthanasie en France apparaît aujourd’hui, sur plusieurs points, moins radical que le dispositif législatif actuel. Pour lui, selon ce qu’il écrivait en 2002, l’euthanasie devait être une exception encadrée à un interdit pénal et non un droit intégré au système de santé. Sincérité ou simple stratégie?

Henri Caillavet: une figure militante de la «mort choisie»

Henri Caillavet (1914-2013), ancien sénateur radical de Lot-et-Garonne, fut l’un des pionniers des réformes sociétales en France. Franc-maçon et libre penseur revendiqué, il s’est illustré par son engagement en faveur de la libéralisation de l’avortement et, dans la continuité, de l’euthanasie. Il établissait lui-même ce parallèle: «j’ai déposé un texte sur l’IVG en 1951 […] j’étais montré du doigts: «c’est un avorteur». J’ai mené ce combat. Le combat de l’euthanasie est le même combat»[1].

En 1978, avec le sénateur Jacques Mezard (le père de Jean Mezard, actuel membre du Conseil constitutionnel), il dépose une proposition de loi visant à obtenir la reconnaissance légale de «testaments de vie». Ce n’est qu’après l’échec de cette proposition de loi que l’ADMD fut fondée en France, à une époque où le mouvement euthanasiste anglo-saxon entreprit de se diffuser dans le monde.

L’approche de Caillavet repose sur une philosophie individualiste et subjectiviste de la dignité: «La dignité est ce que je pense “moi de moi”»[2]. Refusant toute transcendance, il affirme: «Je suis libre penseur, je ne suis pas croyant, je viens d’un néant et j’y plonge à nouveau. Sans doute suis-je dans l’erreur, mais c’est ma conception philosophique»[3]. Il justifie alors le droit à demander l’euthanasie : « dans la mesure où je suis lucide, libre, conscient, pourquoi à un moment donné vous opposeriez-vous à moi lorsque c’est ma volonté ? »[4] Il glorifie aussi le «suicide conscient» qui est, selon lui, «l’acte unique authentique de la liberté de l’homme»[5]. Cette apologie du suicide comme acte de liberté s’exprime en contrepoint d’une peur tout aussi extrême de la déchéance physique et de la dépendance. Pour Caillavet, «lorsque nous sommes morts en nous-mêmes, pourquoi maintenir une flamme vacillante ne permettant plus qu’une existence végétative, sinon proche de la sénilité? Est-ce vivre que de ne plus être autonome, de dépendre d’autrui, de ne plus être capable d’intégrer le monde extérieur et d’être parfois soumis à un acharnement thérapeutique illusoire? Certainement pas»[6].

Une conception plus restrictive que la proposition de loi actuelle

Caillavet définit l’euthanasie comme «une demande libre, lucide, réitérée et toujours révocable adressée à un tiers qui est libre d’accepter ou non la demande qu’on lui adresse, c’est-à-dire aider à mourir»[7]. À plusieurs égards, la proposition de loi française sur «l’aide à mourir» va au-delà de la pensée de Caillavet. Elle ouvre, par exemple, l’euthanasie aux personnes ayant des maladies psychologiques qui affectent objectivement leur lucidité et les délais pour obtenir un suicide assisté sont si courts et informels qu’il n’est déjà plus question de réitérer formellement sa demande.

Caillavet considère que l’euthanasie «n’est pas un acte médical, mais un acte culturel qui fait référence à ma vie, mon vécu, mon imaginaire, mon système de valeurs, à mes symboles, en un mot à ma conception éthique de la vie et de l’au-delà»[8]. Or, la proposition de loi intègre l’«aide à mourir» dans le Code de la santé publique comme un «soin», créant une obligation pour tout médecin qui y serait opposé de communiquer «sans délai» au demandeur le nom d’autres professionnels disposés à mettre en œuvre le suicide assisté et l’euthanasie. De la même façon, le responsable de tout établissement médico-social est tenu de permettre la mise en œuvre du suicide assisté et de l’euthanasie dans ses locaux. Cette obligation s’appliquera aux établissements privés ayant une éthique spécifique opposée à l’euthanasie. Nous ne sommes plus face à un choix individuel, mais à une révolution culturelle qui s’impose à tous.

Caillavet reconnaissait clairement la gravité de l’acte: «On ne peut pas faire autre chose que de reconnaître que l’euthanasie est un délit. Il restera un délit, mais il y aura des exceptions, des dérogations»[9]. Or, la proposition de loi crée un «droit» à l’aide à mourir. Cela crée donc une obligation à laquelle doit répondre le médecin et l’établissement dans lequel il réside éventuellement, dès lors que la personne remplit les conditions «d’éligibilité» et sollicite l’aide à mourir.

Caillavet reconnaît que «certaines» euthanasies sont des crimes. Il écrit: «à l’évidence nous sommes opposés à l’euthanasie pour des raisons politiques – ce sont de véritables assassinats. De la même manière pour des motifs eugéniques: il n’est pas question de mettre à néant, de jeter dans l’oubli des enfants anormaux, de grands infirmes ou encore des débiles; pour des motifs sociaux et économiques également sous le prétexte qu’on ne serait plus producteur donc inutile»[10]. Ces propos, moins radicaux que ceux tenus par certains fondateurs de l’ADMD, visaient probablement à rassurer. De fait, la proposition de loi actuelle, soutenue par l’ADMD, permet l’euthanasie des personnes handicapées, souffrant de troubles psychiques, des personnes sous tutelle ou curatelle, ou encore des personnes dont le discernement est altéré. Les critères d’éligibilité à l’«aide à mourir» coïncident avec la définition même du handicap.

Entre autonomie radicale et anéantissement du faible: De Caillavet à la proposition de loi, des contradictions non résolues

Caillavet développe une vision radicalement subjective de la souffrance, notamment psychologique: «Nous pouvons bloquer 80% des douleurs physiques car nous les maîtrisons. Mais la souffrance existentielle échappe à tout contrôle. Lorsque j’éprouve de la tristesse, quand la vie me paraît insipide, lorsque je n’ai plus de projet, qui peut se substituer à moi? Cette souffrance existentielle n’appartient qu’à moi. Elle ne relève d’aucune thérapie, mais de ma seule volonté»[11]. Une telle «souffrance existentielle» n’est pas étonnante s’agissant d’une personne athée pour qui la vie est absurde.

Une telle approche ouvre potentiellement la voie à une extension très large du droit à mourir, ce que la loi actuelle semble précisément organiser, en intégrant des critères de souffrance largement subjectifs. Pourtant, Caillavet oscille entre une logique de protection et une logique d’autonomie absolue. Il affirme «combattre […] le fléau du suicide»[12], tout en revendiquant le droit individuel de mettre fin à ses jours avec assistance. Cette tension n’est pas résolue et se retrouve amplifiée dans le texte législatif actuel, qui prétend à la fois prévenir le suicide et en organiser les modalités. Caillavet est incohérent, parce que c’est dans l’ADN de la logique euthanasique: on ne peut pas promouvoir la mort pour regretter ensuite que des gens se donnent la mort.

Le fait que la proposition de loi actuelle soit plus radicale encore que les propos publics de Caillavet montrent que la «pente glissante» est une réalité. Comme Simone Veil, Henri Caillavet a promu un droit révolutionnaire en promettant moult garde-fous. Mais tous ces «garde-fous» ont été supprimé s’agissant de l’IVG, et sont déjà absents de la loi euthanasie.

L’ADMD assume pratiquer la tactique du «pied dans la porte»[13] pour ensuite «aller plus loin» à travers la «pente glissante». Jean-Luc Romero, ancien président de l’ADMD, déclarait durant l’assemblée générale de l’ADMD de septembre 2022, à propos de l’extension de l’euthanasie aux personnes de «grand âge», et aux mineurs (à laquelle il est favorable): «Aller encore plus loin aujourd’hui», «stratégiquement», «ce n’est pas le moment», mais une fois la première loi adoptée «on l’améliorera»[14]. De même, Jonathan Denis, qui lui a succédé à la présidence de l’ADMD, insiste sur la nécessité d’avancer pas à pas, sans effrayer les parlementaires. Il écrit:

«comme la loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse, telle que votée en 1975, était très incomplète, nous devons craindre que la loi qui sera proposée au vote des parlementaires, en 2023 nous dit-on, ne réponde pas à l’ensemble de nos revendications […]. Nous devrons accepter des concessions qui ne seront que temporaires, transitoires. Car dès lors que le principe même de l’aide active aura été voté, le front des anti-choix aura été brisé et nous pourrons enfin avancer rapidement et faire évoluer la loi vers ce que nous souhaitons tous: une loi du libre choix qui ne comporte aucune obligation pour quiconque».

Cette approche n’est pas récente car Paul Chauvet, président de l’ADMD en 1985, écrivait alors: «Il conviendra donc toujours d’avancer sur deux plans: celui de la demande acceptable aujourd’hui, et celui affirmé, confirmé, de l’idéal recherché, pour faire progresser notre objet». 

Ils l’ont promis: ils veulent «mettre le pied dans la porte»[15] pour ensuite «aller plus loin» dans la liberté de se suicider. Puisse les députés n’avoir aucune naïveté devant la boite de Pandore qu’ils s’apprêtent à ouvrir.

_____________

[1] Henri Caillavet « Comment mourir dans la dignité ? », 2002, Éditions Pleins Feux p.23.

[2] Idem, p.14.

[3] Idem, pp.23-24.

[4] Henri Caillavet « Comment mourir dans la dignité ? », 2002, Éditions Pleins Feux p.40.

[5] Henri Caillavet, « L’euthanasie, un mot qui ne doit pas faire peur », ibid., p. 6.

[6] Bulletin de l’ADMD numéro 26, décembre 87, p. 3. 

[7] Henri Caillavet « Comment mourir dans la dignité ? ». 2002, Éditions Pleins Feux p.13.

[8] Idem, p.20.

[9] Idem p.23-24.

[10] Idem, 2002, Éditions Pleins Feux p.15.

[11] Idem, p.18.

[12] Henri Caillavet « Comment mourir dans la dignité ? ». 2002, Éditions Pleins Feux p.15.

[13] Jean-Louis Touraine, Discours prononcé lors de l’Assemblée générale de l’association « Le Choix », Lille, 30 novembre 2024.

[14] Jonathan Denis et Jean-Luc Romero-Michel, président et ancien-président de l’ADMD, 42e Assemblée générale de l'ADMD, 24 septembre 2022, voir : https://youtu.be/DIlcZbAcrLk?si=hj40GpG-JzUbUjUw

[15] Jean-Louis Touraine, Discours prononcé lors de l’Assemblée générale de l’association « Le Choix », Lille, 30 novembre 2024.

No To Euthanasia, Yes To Effective Care
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