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Nigeria: l’ECLJ soumet un rapport sur les massacres de chrétiens avant la visite de la Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion

Nigeria: l’ECLJ soumet un rapport sur les massacres de chrétiens

Par ECLJ1779895414344
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La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, Nazila Ghanea, se rendra en visite officielle au Nigeria du 8 au 19 juin 2026. L’ECLJ lui a soumis un rapport documentant des violences à grande échelle visant les communautés chrétiennes du nord du Nigeria. Nous appuyant sur des témoignages recueillis sur le terrain et des registres hospitaliers, nous appelons à une réaction internationale.

Plus de 7.000 chrétiens auraient été tués en raison de leur foi au Nigeria au cours des seuls 220 premiers jours de l’année 2025, selon l’ONG Intersociety. À ceux-là s’ajoutent 1.400 autres personnes tuées entre le 1er janvier et le 6 avril 2026.

C’est dans ce contexte alarmant que Mme Nazila Ghanea, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, se rendra au Nigeria en visite officielle du 8 au 19 juin 2026. Répondant à son appel à contributions, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) lui a transmis un rapport détaillé documentant la sombre réalité des chrétiens au Nigeria.

Le rapport comprend des données hospitalières, les noms des victimes et des témoignages directs de terrain réunis par l’ONG nigériane «Solutions To Our Generation» (STOG), qui vient en aide aux communautés chrétiennes persécutées depuis 2011.

Les violences contre les chrétiens au Nigeria se concentrent principalement dans le nord du pays. Au cours des deux dernières décennies, le nord du Nigeria a connu une insécurité grave et persistante causée par l’insurrection, le banditisme armé et les violences religieuses. C’est dans ce contexte que les attaques visant les communautés chrétiennes se sont multipliées.

État du Plateau

L’État du Plateau a été le théâtre de certaines des attaques les plus meurtrières du pays. Entre mai 2023 et mai 2025, plus de 2 630 personnes y auraient été tuées, les victimes appartenant majoritairement à des communautés agricoles chrétiennes, selon Amnesty International. Plusieurs attaques survenues en 2026 ont encore alourdi le bilan.

L’attaque la plus récente s’est produite le 8 mai 2026, vers 00h20, dans le village de Ngbra-Zongo, dans le district de Kwall. Des milices ethniques peules auraient mené l’assaut. Profitant d’un violent orage, elles ont pénétré dans le village et sont passées de maison en maison, abattant certains habitants par balle et frappant d’autres à coups de machette. Treize chrétiens ont été tués cette nuit-là, dont trois femmes enceintes. Des dizaines d’autres ont été blessés, tandis que des centaines de personnes ont fui leur foyer.

À peine un mois plus tôt, le 9 avril 2026, des hommes armés non identifiés ont pénétré dans le village de Mbwelle, dans la zone de gouvernement local de Bokkos, dans l’État du Plateau. Ils ont ouvert le feu vers 23h et ont continué à tirer pendant près d’une heure, tuant huit membres d’une même famille. Les victimes ont été inhumées le lendemain lors de funérailles collectives présidées par le révérend Ezekiel Dachomo, qui a déclaré que «la plupart des victimes sont membres de la Christ Apostolic Church».

La contribution de l’ECLJ à la Rapporteuse spéciale documente également des attaques antérieures dans l’État du Plateau, notamment des agressions dans les zones de gouvernement local de Bokkos, Bassa, Riyom et Mangu, où des centaines de civils ont été tués et des milliers de personnes déplacées.

État de Benue

La violence à l’encontre des chrétiens est également très répandue dans l’État de Benue.

L’attaque la plus meurtrière a eu lieu dans la nuit du 13 juin 2025 et s’est poursuivie jusqu’aux premières heures du 14 juin. Selon les témoignages de survivants recueillis par des partenaires locaux et inclus dans le rapport de l’ECLJ, des militants peuls présumés sont entrés dans le village de Yelewata tard dans la nuit et ont attaqué les habitants pendant leur sommeil. Les assaillants sont arrivés à moto vers 22h, ont incendié des maisons et tué des civils en fuite à l’aide d’armes à feu et de machettes. Ils ont mutilé et brûlé les corps de certaines victimes et ont été entendus en train de crier «Allahou akbar» durant l’attaque. Plus de 200 personnes ont été tuées, parmi lesquelles de nombreuses familles chrétiennes déplacées qui avaient trouvé refuge dans l’enceinte d’une mission catholique.

Les violences dans l’État de Benue se poursuivent sans relâche. Rien qu’en février 2026, au moins 33 chrétiens ont été tués et neuf enlevés. De même, pendant le week-end de Pâques 2026, 26 chrétiens ont été assassinés lors d’offices religieux à travers le Nigeria, dont 17 dans l’État de Benue.

État de Kaduna

La situation demeure également profondément alarmante dans d’autres régions du pays. En avril 2026, des islamistes peuls présumés auraient tendu une embuscade à un camion transportant des élèves chrétiens qui retournaient à l’école dans l’État de Kaduna. Ils ont enlevé neuf personnes, tandis qu’un autre enfant a perdu la vie en tentant de s’enfuir.

La contribution de l’ECLJ documente en outre des attaques coordonnées menées dans l’État de Kaduna en février 2025, au cours desquelles plus de 100 personnes ont été tuées et des villages entiers dévastés.

La genèse de la violence

Le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique, avec plus de 220 millions d’habitants, globalement répartis entre un nord à majorité musulmane et un sud à majorité chrétienne. Une partie des violences trouve son origine dans des différends anciens autour des terres et des ressources opposant les éleveurs peuls, majoritairement musulmans, aux communautés agricoles sédentaires, majoritairement chrétiennes. La désertification et les pressions environnementales ont poussé les populations peules à descendre du Sahel vers le sud, intensifiant la concurrence pour les terres et les ressources en eau.

Cependant, la concurrence pour les ressources n’est pas l’unique moteur de ces violences. Le nombre considérable de chrétiens massacrés montre qu’il s’agit avant tout d’une persécution religieuse systématique, organisée et brutale. Malheureusement, bien que la dimension religieuse de ces violences soit évidente, elle est trop souvent niée, minimisée et ignorée.

Douze États du nord du Nigeria appliquent la charia et ont vu croître l’influence d’acteurs islamistes locaux, notamment la police religieuse Hisbah, des groupes armés et des autorités islamiques traditionnelles. Depuis le début des années 2000, le groupe terroriste islamiste Boko Haram cherche à instaurer un État islamique régi par la charia dans tout le pays, prenant pour cible aussi bien les chrétiens que les musulmans jugés insuffisamment religieux. Néanmoins, la menace la plus importante et la plus meurtrière pour les chrétiens du nord du Nigeria provient actuellement des groupes armés peuls.

La contribution de l’ECLJ à la Rapporteuse spéciale des Nations unies met en évidence des attaques répétées contre des communautés chrétiennes, la destruction d’églises, des assauts perpétrés pendant des célébrations religieuses chrétiennes et le ciblage récurrent de civils chrétiens.

Le contexte politique ajoute un motif d’inquiétude supplémentaire. Depuis 2023, le Nigeria est dirigé par le président Bola Tinubu et le vice-président Kashim Shettima, tous deux musulmans. Cela rompt avec le principe informel, longtemps observé, d’un équilibre entre musulmans et chrétiens aux plus hautes fonctions du pays. Des observateurs critiques estiment que cette configuration s’est accompagnée d’une réticence à reconnaître ou à traiter la dimension religieuse de ces violences. Les auteurs des violences continuent de bénéficier d’une large impunité, certains acteurs étatiques locaux étant soupçonnés d’avoir facilité les attaques ou d’avoir permis leur déroulement.

L’ECLJ appelle à une action internationale

Dans son rapport remis à la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, l’ECLJ a souligné la nécessité urgente d’une enquête internationale indépendante sur ces attaques, ainsi que de mécanismes de protection renforcés pour les communautés vulnérables.

Ce n’est pas la première fois que l’ECLJ alerte les Nations unies sur la persécution des chrétiens au Nigeria. Depuis 2013, l’ECLJ a soulevé cette question à trente-cinq reprises, notamment en organisant un événement à l’ONU, en soumettant de nombreux rapports écrits, en participant à plusieurs Examens périodiques universels (UPR) et en faisant des interventions orales au Conseil des droits de l’homme. Dernièrement, le 23 mai 2026, l’ECLJ a soumis une déclaration écrite à ce Conseil documentant la dernière vague d’attaques.

Malheureusement, la situation ne cesse de se détériorer. Au cours des dix-sept dernières années, plus de cent mille chrétiens ont été tués, des millions ont été déplacés, des dizaines de milliers ont été enlevés, des milliers d’églises ont été détruites, des milliers de communautés chrétiennes décimées et des dizaines de milliers d’hectares de terres volés, sans que les survivants ne bénéficient ni de protection ni de justice. L’ECLJ entend donc veiller à ce que le sort des communautés chrétiennes du Nigeria bénéficie d’une attention internationale soutenue et d’actions concrètes.

Pour la défense des Chrétiens persécutés
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