

Les chrétiens d’Irak en danger: l'ECLJ continue d'agir
L’ECLJ a été saisi de plusieurs dossiers concernant des chrétiens d’Irak. Leur situation illustre le sort de plus en plus précaire de cette communauté, dont la survie même sur sa terre ancestrale est menacée. Dans ce cadre, l’ECLJ a interpellé les autorités françaises, les institutions européennes et les représentants du Saint-Siège.
L’Irak abrite l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde, puisque selon la tradition, il y aurait des chrétiens en Irak dès le Ier siècle, bien avant l’islam. Mais sa population chrétienne a connu un effondrement sans précédent: d’environ 1,5 million de fidèles en 2003, elle ne compterait plus aujourd’hui que quelque 150.000 personnes, soit moins de 1% de sa population. Dans son rapport 2025 sur la situation des droits de l’homme en Irak, l’organisation des droits de l’homme Hammurabi continue de ranger les chrétiens parmi les «minorités menacées de disparition», aux côtés des Yezidis, des Shabaks, des Turkmènes et d’autres encore.
Guerres, chute de Saddam Hussein, occupation de l’État islamique à partir de 2014 et vagues d’exil successives en sont la cause, comme l’ECLJ l’a rappelé dans sa contribution à l’Examen périodique universel de 2024. Dernièrement, le conflit entre Israël et l’Iran n’a rien arrangé: pris en étau, le Kurdistan irakien, cœur de la présence chrétienne, est devenu un théâtre de fortes tensions. Des attaques de drones menées par des milices chiites ont endommagé plusieurs bâtiments de l’archidiocèse chaldéen d’Erbil, et la ville de Bartella, dans la plaine de Ninive, a été touchée par des frappes américaines en mars 2026.
Si les chrétiens subissent de plein fouet le contexte géopolitique, ils sont également confrontés, de l’intérieur, à une marginalisation institutionnelle et à un système politique qui érige l’islam en religion officielle.
Sur le papier, ils bénéficient pourtant de la liberté religieuse: l’Irak a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1971), tandis que le 11 juillet 2026, le Premier ministre déclarait, lors d’une rencontre avec le patriarche nouvellement élu de l’Église chaldéenne, que «les chrétiens sont une partie essentielle de notre société». Mais la Constitution de 2005 contredit ce discours dès son article 2. Son premier paragraphe fait de l’islam la «religion officielle» de l’État et une «source fondamentale de la législation», tandis que le second garantit à tous la liberté de croyance et de culte, en citant explicitement les chrétiens. La tension entre ces deux principes se résout, dans les faits, au profit de l’islam et au détriment des minorités.
La situation est particulièrement précaire pour les chrétiens convertis issus de l’islam, dont la conversion n’est pas reconnue par le droit irakien. Ils restent ainsi musulmans à l’état civil, ce qui entrave leur mariage, fragilise la garde de leurs enfants et complique leurs droits successoraux. Ils sont donc contraints de pratiquer leur foi dans la clandestinité.
À l’inverse, la conversion à l’islam peut être imposée par la loi, y compris à des enfants. L’article 26 de la loi n°3 de 2016 sur la carte d’identité nationale dispose qu’un enfant mineur est automatiquement inscrit comme musulman à l’état civil si l’un de ses parents se convertit à l’islam. Un parent qui se convertit entraîne ainsi de plein droit l’islamisation de ses enfants, y compris ceux d’une union antérieure, sans leur consentement ni celui du parent resté chrétien. Les tentatives de réforme, engagées dès 2015 puis relancées par la société civile, n’ont pas abouti. De rares décisions de justice ont certes permis à des personnes de faire rectifier leur statut dans les registres, mais ce sont des recours individuels, longs et coûteux, qui ne remettent pas la loi en cause.
À ces contraintes juridiques s’ajoute la violence sociale: pressions et menaces familiales, séquestrations, mariages forcés, et dans les cas les plus graves, crimes d’honneur, un fléau qui perdure en Irak où l’apostasie est perçue par la famille comme la trahison ultime. Les victimes qui portent plainte se heurtent à l’absence de protection effective, et une réinstallation dans une autre région d’Irak n’offre aucune garantie durable, l’information circulant à travers des réseaux familiaux et tribaux étendus. Ces situations sont si précaires que beaucoup de chrétiens font le choix de l’exil.
L’ECLJ a été saisi de plusieurs situations critiques concernant des chrétiens irakiens dont la sécurité et les droits fondamentaux ne sont plus assurés. Ces dossiers concernent des familles et des personnes isolées, qu’elles soient chrétiennes de naissance ou converties. Certaines voient leurs enfants basculer administrativement dans l’islam en application de l’article 26, une mesure qui menace directement l’exercice de l’autorité parentale et le droit d’élever leurs enfants dans leur foi. D’autres font face à de violentes représailles familiales ou subissent des extorsions répétées face auxquelles les recours légaux locaux s’avèrent totalement inefficaces. Privées de protection effective sur leur propre sol, certaines victimes ont même été contraintes de fuir temporairement dans des pays voisins, comme l’Égypte, pour soustraire leurs enfants à des conversions forcées à l’islam.
Face à ces violations flagrantes du droit international, l’ECLJ s’est mobilisé pour faire valoir ces situations auprès des instances diplomatiques afin d’exiger le respect de la liberté religieuse en Irak.
Nous avons ainsi alerté les autorités diplomatiques françaises au Quai d’Orsay, notamment le conseiller pour les affaires religieuses et la direction d’Afrique du Nord et Moyen-Orient (ANMO), ainsi que les représentations de la France dans la région. Au niveau européen, nous avons saisi le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et ses délégations locales. À Bruxelles, nous avons transmis ces dossiers directement au cabinet de la Commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica. Nous lui avons demandé d’intégrer impérativement la question des droits des minorités chrétiennes dans le dialogue politique et les relations bilatérales avec le gouvernement irakien. Enfin, nous avons sollicité le Saint-Siège par l’intermédiaire des nonces apostoliques en Irak et en Égypte, afin d’obtenir son appui dans ces démarches de protection.