

Algérie: 2 descentes de police en 1 mois contre les chrétiens
En l’espace de quatre semaines, la police algérienne est intervenue à deux reprises dans des lieux de culte chrétiens dans la région d’Oran. Ces opérations s’inscrivent dans une longue série de mesures qui, loin de s’atténuer, confirment la pression continue exercée sur les chrétiens du pays, en particulier protestants.
Le 4 septembre 2026, douze chrétiens ont été arrêtés dans la petite localité de El Ayaïda, située dans la province d’Oran, alors qu’ils étaient réunis pour prier durant un culte. L’opération, menée par des membres des forces spéciales de police, visait le centre House of Refuge qui accueille notamment des femmes vulnérables et leurs familles. Sur place, les livres, les téléphones et les cartes d’identité des croyants ont été saisis, et les chrétiens conduits au poste de Bethioua, à une quarantaine de kilomètres d’Oran. Les femmes ont été libérées pour être interrogées le lendemain, tandis que les hommes ont été retenus jusque tard dans la nuit. Les convocations de plusieurs membres de l’Église protestante d’Algérie (EPA) se sont poursuivies les jours suivants.
Ces chrétiens ont été arrêtés pour suspicion de participation à un rassemblement religieux non musulman non autorisé. Une salle du centre avait déjà été fermée par les autorités en octobre 2019, et le site avait été placé sous surveillance, mais les chrétiens avaient néanmoins continué à s’y réunir.
Le 4 octobre suivant, un mois jour pour jour après cette opération, la police est de nouveau intervenue dans un lieu de culte chrétien, cette fois situé à Aïn El Turk, toujours dans la province d’Oran. Une chrétienne a été conduite au commissariat et interrogée par les services de police.
Ces événements s’inscrivent dans un contexte de répression croissante des communautés chrétiennes, en particulier protestantes. En 2020, l’Algérie supprimait la liberté de conscience de sa Constitution, et étrangle depuis la liberté de culte.
Ce système répressif repose sur l’ordonnance de 2006, adoptée par le président Bouteflika au lendemain de la Décennie noire et qui régit «les cultes autres que musulmans». Celle-ci soumet l’exercice de ces cultes à un système d’autorisations préalables et l’assortit de sanctions pénales. Ce texte est ainsi invoqué pour fermer des églises, arrêter des pasteurs et des croyants pour prosélytisme, pour avoir «ébranlé la foi d’un musulman» ou encore pour exercice d’un culte non autorisé. C’est un système de «double standard contre les chrétiens» qui va à l’encontre des engagements internationaux de l’Algérie, et que dénonce le rapport publié par l’ECLJ en avril 2026 sur l’Oppression des chrétiens en Algérie.
Depuis 2017, la quasi-totalité des églises protestantes ont été fermées et placées sous scellés, tandis que l’EPA se voit toujours refuser toute reconnaissance légale. Les poursuites judiciaires visent aussi ses responsables. Le pasteur Youssef Ourahmane a ainsi été condamné pour «célébration d’un culte non autorisé» dans un «édifice non permis»: il avait organisé une retraite spirituelle de quelques jours en mars 2023 sur un site qui abritait une chapelle fermée par les autorités. La peine, d’un an de prison ferme et six mois avec sursis, a été confirmée en appel en mai 2024.
Privés de lieux de culte reconnus, les fidèles sont conduits à chercher des solutions alternatives pour continuer à se réunir. Beaucoup se réunissent en petit comité dans des lieux privés, mais font l’objet d’une surveillance renforcée de la part des autorités.
En parallèle, le 13 octobre 2026, la Commission nationale des cultes autres que musulmans, réunie sous l’autorité du ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, a réaffirmé le principe de la liberté de culte pour les non-musulmans «dans le respect de la loi». Elle appelait également à «éviter toute confusion» et à «ne pas se fier à des informations non vérifiées ou trompeuses» sur la réalité de la pratique des cultes en Algérie, notamment celles diffusées sur les réseaux sociaux. Son communiqué conclut en invoquant la longue tradition de tolérance et de respect qui serait celle de l’Algérie, mentionnant la récente visite du pape Léon XIV, en avril dernier.
Les pressions exercées sur les chrétiens s’accompagnent d’un durcissement plus général. Le 13 octobre, l’Algérie a adopté une réforme du Code pénal qui élargit le champ d’application de la peine de mort à un éventail plus large de crimes. Un mois après les incendies qui ont ravagé le nord-est du pays, elle vise désormais, entre autres, les auteurs d’incendies volontaires de forêt.
Cette réforme s’accompagne par ailleurs d’une volonté politique assumée de rétablir les exécutions. Suspendues de facto depuis 1993, les exécutions n’ont plus eu lieu depuis plus de trente ans. Mais, fin août, le président Tebboune avait insisté: «Il y aura exécution» des condamnés après épuisement des voies de recours.
Ce durcissement, qui contredit les dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’Algérie est partie, menace en premier lieu les Kabyles, déjà surreprésentés parmi les chrétiens inquiétés.
L’ECLJ continue d’alerter les instances internationales sur la situation des chrétiens d’Algérie, afin qu’elles soulèvent la question de la liberté religieuse dans leurs échanges bilatéraux avec les autorités algériennes.