Pakistan: l'ECLJ alerte l’ONU sur la peine de mort pour blasphème contre l’islamGradient Overlay
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Pakistan: l'ECLJ alerte l’ONU sur la peine de mort pour blasphème contre l’islam

Pakistan: Alerte sur la peine de mort pour blasphème contre l’islam

Par Constance Avenel1781254680000
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Au Pakistan, une quarantaine de personnes se trouvent aujourd'hui dans le couloir de la mort pour blasphème contre l’islam, tandis que plus d'une centaine d'autres ont été tuées par des foules avant même d'avoir été jugées. Le 23 mai 2026, l'ECLJ a alerté formellement le Conseil des droits de l'homme des Nations unies sur ces condamnations à mort, documentant des affaires où les enquêtes sont bâclées, et les garanties procédurales ignorées.

L'article 295-C du Code pénal pakistanais prévoit la peine de mort par pendaison pour quiconque «profane le nom sacré du Saint Prophète Muhammad». La notion de profanation est interprétée de manière très extensive, puisqu’elle peut résulter de faits commis «par des paroles, écrites ou orales, par représentation visible, ou par toute imputation, insinuation ou suggestion, directement ou indirectement».

Au Pakistan, le nombre de procès pour blasphème contre l’islam est en forte progression. Les autorités ont enregistré un nombre record de 344 nouvelles affaires de blasphème en 2024, selon un rapport publié par le Center for Social Justice (CSJ) en avril 2025. Jusqu’à présent, le Pakistan n’a jamais procédé à l’exécution d’une personne condamnée pour blasphème, les condamnations à mort prononcées pour ce motif étant généralement commuées en peines de réclusion à perpétuité. Pour autant, ces condamnations conduisent des dizaines de personnes dans le couloir de la mort. Une quarantaine d’entre elles se trouvent actuellement dans l’attente de leur exécution.

Par ailleurs, les accusations de blasphème s’accompagnent fréquemment de violences extrajudiciaires visant les accusés et leurs proches. Au moins 104 personnes ont été lynchées publiquement à la suite d'accusations de blasphème entre 1994 et 2024, dont 26 chrétiens. Tandis que des chrétiens innocents sont condamnés sur la base d’accusations mensongères, ceux qui commettent ces violences de «justice populaire» restent impunis.

Des procès bâclés, des condamnations prononcées par des juges sous pression

Il n’est pas rare que de telles accusations de blasphème soient fondées sur des dénonciations mensongères, et que les accusés soient condamnés sans preuves suffisantes, les enquêtes étant bâclées, et les garanties procédurales ignorées. Les accusés voient en effet leur sort décidé dans une atmosphère d’intimidation et de peur, des organisations islamistes fondamentalistes remplissant les salles d'audience afin de faire pression sur les juges. La peur paralyse l'ensemble de la chaîne pénale: avocats, policiers, procureurs et juges sont empêchés de faire leur travail de façon efficace et impartiale. Les acquittements y demeurent ainsi rarissimes, laissant le sort des accusés à la merci des seules juridictions supérieures, elles-mêmes engorgées, et dont les audiences sont repoussées indéfiniment. L'État, non seulement échoue à les protéger, mais ne leur accorde aucune réparation pour les années de détention injuste qu'ils subissent.

Ces affaires révèlent une réalité que nous documentons régulièrement à l’ECLJ: celle de l’utilisation de la législation sur le blasphème comme arme contre les minorités religieuses, et notamment contre les chrétiens. Les chrétiens représentent moins de 2 % de la population pakistanaise, mais 6% des personnes poursuivies pour blasphème. Le 27 février 2026, l’ECLJ avait déjà soumis une contribution sur le sujet au Rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.

L’ECLJ défend quatre chrétiens injustement dans le couloir de la mort

L'organisation partenaire de l'ECLJ au Pakistan représente actuellement cinq personnes poursuivies en vertu de l'article 295-C. Quatre d’entre elles sont détenues dans l’attente de leur exécution.

Shahzad Masih avait seize ans lorsqu'il a été inculpé en juillet 2017. Il avait seulement répété, au cours d'une conversation, des propos d'un ami de son père jugés désobligeants envers le nom «Muhammad». Cela a suffi pour qu'il soit dénoncé. Lors du procès, le commissaire de police lui-même a témoigné que les propos de Shahzad n'avaient rien d'insultant envers l'islam. Malgré tout, le tribunal a condamné ce jeune homme à mort en novembre 2022, après avoir refusé de le juger comme mineur. Shahzad a passé plus de huit ans en prison. «Ils devraient simplement me pendre. Je ne supporte plus cette souffrance d’attendre chaque jour pour voir ce qu’il va se passer» a-t-il confié à ses avocats.

Qaisar et Amoon Ayub, deux frères chrétiens, ont été arrêtés en 2014 après que leur nom et leur adresse sont apparus sur un blog en ligne au contenu jugé blasphématoire. La police n'a jamais cherché à vérifier que ces derniers étaient bien les auteurs du blog. L'Agence fédérale d'enquête a bien adressé une demande à WordPress pour obtenir l'identité du créateur, mais sans jamais recevoir de réponse. Qu'à cela ne tienne: les deux frères ont été condamnés à mort en 2018, condamnation confirmée en appel en 2022. Ils ont passé plus de dix ans en prison. Aujourd’hui, l'épouse d'Amoon effectue chaque semaine cinq heures de bus aller-retour pour rendre visite quelques minutes à son mari, qui souffre de dépression.

Ahsan Masih, 26 ans, a été arrêté en août 2023 pour avoir prétendument repartagé sur TikTok une photo blasphématoire, une image que des milliers d'internautes avaient déjà diffusée. La photo n'a pas été retrouvée dans son téléphone, et aucune preuve n'a été établie, mais il a néanmoins été condamné à mort. Toute sa famille vit désormais dans la peur d’un lynchage si Ahsan venait à être libéré.

Intizar Masih, représenté par notre partenaire au Pakistan, a été arrêté en mars 2023 pour des propos tenus dans un groupe privé WhatsApp. Vingt personnes sont jugées dans cette même affaire, qui s'inscrit dans une vague de plus de deux cents procédures similaires visant des participants à des groupes de discussion en ligne. Son épouse, sans qualification professionnelle, survit grâce à des dons. Leurs enfants grandissent sans leur père. S'il est condamné, Intizar encourra la peine de mort.

L'ECLJ demande une action internationale urgente

Le 16 mai a eu lieu l’édition 2026 de la conférence annuelle Justice A. R. Cornelius sur le thème de la «liberté religieuse dans la Constitution du Pakistan». Le président de la Cour constitutionnelle fédérale, Aminuddin Khan, a promis de protéger les droits constitutionnels de chaque Pakistanais sans discrimination, affirmant que le pouvoir judiciaire restait attaché au respect de l'égalité et de la justice pour tous.

Dans l’ensemble, cette conférence est cependant restée évasive sur les sujets les plus sensibles. Sans aborder directement les persécutions subies par les minorités religieuses ni les dérives liées aux accusations de blasphème, les intervenants se sont principalement cantonnés à un discours institutionnel rappelant l’importance de la liberté religieuse et de l’égalité des citoyens devant la loi.

Face à la gravité de la situation, l’ECLJ appelle les États membres du Conseil des droits de l'homme à exhorter le Pakistan à:

  • Abroger la peine de mort prévue par les lois sur le blasphème.
  • Mener des enquêtes impartiales et approfondies dans toutes les affaires de blasphème.
  • Accélérer les procès et les procédures d'appel pour mettre fin à des années d'incarcération injuste.
  • Acquitter et libérer les personnes détenues sur la base d’accusations infondées de blasphème.

Ces recommandations s’inscrivent dans une déclaration écrite transmise au Conseil des droits de l’homme de l’ONU le 23 mai 2026.

Pour la défense des Chrétiens persécutés
Lire le texte complet de la pétition

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