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Éthiopie: le massacre à huis clos des chrétiens

Éthiopie: le massacre à huis clos des chrétiens

Par Thibault van den Bossche1793719702615
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En Éthiopie, les attaques meurtrières contre les populations civiles, notamment les chrétiens orthodoxes dans la région d’Oromia, se poursuivent dans un contexte de violences ethniques et de fragmentation politique. Le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) alerte sur la multiplication des massacres, des enlèvements, des demandes de rançon et des destructions de lieux de culte.

L’Éthiopie possède l’une des plus anciennes traditions chrétiennes du monde, le christianisme y étant devenu la religion officielle du royaume d’Aksoum dès le IVe siècle. Aujourd’hui, les communautés chrétiennes orthodoxes, protestantes et catholiques vivent dans un pays marqué par de profondes divisions politiques et ethniques. Dans la zone d’Arsi, en région Oromo, les chrétiens orthodoxes amharas sont particulièrement exposés aux violences, sans être pour autant les seules victimes des conflits qui déchirent le pays.

L’ECLJ dénonce cette situation et appelle la communauté internationale à ne pas détourner le regard. Les attaques rapportées contre les fidèles, les églises et les villages exigent des enquêtes indépendantes, une protection effective des civils et une réponse internationale à la hauteur de la gravité des faits.

Le mois d’octobre 2026 : la chronique des massacres

Ce mois d’octobre 2026 est marqué par une série d’attaques meurtrières contre les populations chrétiennes en Oromia. Selon les informations relayées par des sources locales et des représentants de l’Église orthodoxe éthiopienne :

  • 12 octobre, à Shirka : Getu Assefa a été tué alors qu’il travaillait dans un champ.
  • 15 octobre, à Mechitu Lalo : Trois fidèles ont été exécutés.
  • 17 octobre, à Hela Zenbaba : Deux personnes ont été tuées et cinq autres enlevées.
  • 20 octobre, dans la région de Merti : Quatorze personnes ont perdu la vie lors d’une attaque.
  • 24 octobre, à Chole et Birbo (district de Shirka) : Quarante-six chrétiens ont été massacrés à leur domicile.

Les autorités fédérales attribuent ces violences à l’Armée de libération oromo (OLA), bien que la responsabilité de ce groupe n’ait pas encore été établie de manière indépendante pour chaque incident. L’OLA, de son côté, a constamment nié être l’auteur des massacres visant des civils.

Ces massacres s’insèrent dans une dynamique plus ancienne. Selon une analyse de l’organisation ACLED, plus d’un tiers des 159 épisodes de violence contre des civils recensés dans la zone d’Arsi (région d’Oromia) depuis février 2023 ont spécifiquement visé des habitants orthodoxes. Ce constat démontre que l’appartenance religieuse constitue un facteur clé de ciblage dans ces attaques.

Par ailleurs, un rapport de l’Ethiopian Human Rights Council (EHRCO) publié en juillet 2026 fait état de 454 civils tués dans la zone d’East Arsi entre septembre 2021 et juin 2026. Il signale également plus de 14 000 personnes déplacées, dont 3 746 pour le seul district de Shirka, sur fond d’enlèvements assortis de demandes de rançon pouvant atteindre 500 000 birrs (environ 2 760 euros).

Ces exactions se répètent régulièrement. Au début du mois de juin 2026, des maisons appartenant à des orthodoxes ont été incendiées dans le district d’Aseko. La Commission éthiopienne des droits humains a également confirmé des déplacements forcés ainsi que la destruction de l’église historique Saint-Gabriel de Teleta. À la mi-juin, le prêtre Abayneh Tebeqe a lui aussi été enlevé puis assassiné.

Malgré sa prétendue victoire aux législatives de juin 2026, le pouvoir central a manifestement perdu le contrôle du territoire. L’Éthiopie est fragmentée : le Tigré et la région Amhara sont redevenus des théâtres de guerre ouverte, subissant les pilonnages de drones de l’armée régulière. Au moins 25 personnes ont ainsi été tuées les 29 et 30 octobre 2026 dans des frappes de drones du gouvernement fédéral. La frontière sud s’embrase, jetant 50 000 réfugiés oromos et somalis vers le Kenya. Dans ce chaos, les chrétiens orthodoxes, historiquement liés à la culture du pouvoir central et à l’ethnie amhara, deviennent les boucs émissaires parfaits pour les factions qui cherchent à allumer la mèche d’une guerre de religion.

L’ECLJ documente sans relâche ces violences visant les Amharas et les atteintes à la liberté religieuse, notamment à travers son rapport « La souffrance silencieuse du peuple Amhara en Éthiopie », publié en avril 2024 et actualisé en juillet 2026. Nous avons alerté en juin 2023 et en août 2026 le conseiller spécial des Nations unies pour la prévention du génocide sur le risque accru de crimes de masse dans le pays. Pour briser ce silence, nous avons porté ce combat directement au Parlement européen le 17 juin 2026 en organisant une conférence avec le Prince éthiopien Asfa-Wossen Asserate.

En dépit de la discrétion des institutions internationales, des acteurs politiques occidentaux ont réagi à la suite des massacres de fidèles orthodoxes perpétrés en octobre 2026. Aux États-Unis, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants a fermement réagi en qualifiant ces attaques ciblées de « totalement inacceptables » et en exigeant la protection des croyants ainsi que la punition des coupables. Au Parlement européen, l’eurodéputé grec Nikolas Farantouris (PASOK / S&D) a déposé une question écrite d’urgence à la Commission, dénonçant un « silence inacceptable » de l’Europe qui affaiblit son influence dans cette région stratégique. En France, la sénatrice Valérie Boyer (LR) a relayé ces alertes sur X en reprenant la formule « Silence on tue », qu’elle avait déjà employée à l’Assemblée nationale en 2014 au sujet des chrétiens d’Orient, déplorant que les massacres se répètent dans l’indifférence générale.

La coalition armée « Alliance pour la survie »

L’Éthiopie compte environ 139 millions d’habitants en 2026. Selon le dernier recensement national de référence, les Oromos représentent 34,5 % de la population et les Amharas 26,9 %. Sur le plan religieux, les chrétiens orthodoxes constituent 43,5 % de la population, les musulmans 33,9 % et les protestants 18,6 %. Aujourd’hui, les rivalités pour le contrôle des institutions et les conflits territoriaux exacerbent la fragmentation du pays.

C’est dans ce contexte de recomposition des alliances armées que surviennent les massacres de chrétiens. Le 20 septembre 2026, sept mouvements armés ont annoncé la création de l’« Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie », une coalition que le gouvernement désigne sous le nom de « Tsimdo ». Elle réunit le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le mouvement national Fano de l’Amhara et l’Armée de libération oromo (OLA), ainsi que le Front national de libération de l’Ogaden, un mouvement afar, le Mouvement de libération du Benishangul et le Mouvement gumuz.

Cette alliance, qui affiche l’intention de renverser le gouvernement pour mettre en place une administration de transition, fait courir le risque d’une intensification majeure des affrontements. Elle est d’autant plus singulière que le TPLF et les milices Fano s’étaient affrontés dans des camps opposés pendant la guerre du Tigré (2020-2022), avant de s’unir aujourd’hui contre le Premier ministre Abiy Ahmed. Les autorités éthiopiennes accusent l’Érythrée de soutenir militairement et financièrement cette coalition, ce que l’Érythrée dément. Les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont fortement détériorées : l’Érythrée n’a pas signé l’accord de paix de Pretoria et s’oppose frontalement aux ambitions de l’Éthiopie d’obtenir par la force un accès souverain à la mer, dont elle est privée depuis l’indépendance érythréenne en 1993.

Une réponse internationale insuffisante

Le mandat de la Commission internationale d’experts des droits de l’homme sur l’Éthiopie de l’ONU a pris fin en octobre 2023, privant la communauté internationale d’un outil d’enquête indépendant essentiel. Face à ce vide, la passivité des partenaires internationaux interroge : comment peuvent-ils continuer à soutenir financièrement le pouvoir éthiopien sans exiger de stricts mécanismes de responsabilité ?

L’Union européenne maintient en effet sa coopération financière avec une enveloppe d’environ 650 millions d’euros pour la période 2024-2027, et a relancé un soutien budgétaire direct de 140 millions d’euros en avril 2026. En parallèle, le FMI a approuvé un programme de 3,4 milliards de dollars, dont l’Éthiopie a déjà touché 2,65 milliards. La Banque mondiale soutient elle aussi les réformes économiques à hauteur de plusieurs milliards de dollars.

Sur le plan diplomatique et militaire, le régime d’Abiy Ahmed profite de la Realpolitik globale. Son intégration officielle au sein des BRICS en janvier 2024 lui offre un bouclier politique commode. De leur côté, les États-Unis ont levé en septembre 2026 l’état d’urgence et certaines sanctions financières, Washington craignant qu’en isolant Addis-Abeba, la Corne de l’Afrique ne bascule totalement sous l’influence de Pékin et de Moscou. Abiy Ahmed a annoncé le 28 octobre 2026 la réception par l’Éthiopie de douze avions de combat Su-35 ainsi que de systèmes de défense S-400, achetés à la Russie.

Face aux attaques répétées contre les civils, et en particulier contre les chrétiens, les autorités éthiopiennes ont la responsabilité première de protéger toutes les communautés vivant sur leur territoire, sans aucune discrimination. La communauté internationale doit exiger l’accès aux zones de conflit, soutenir des enquêtes indépendantes, protéger les témoins et veiller à ce que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice. Les partenaires économiques de l’Éthiopie ont le devoir de s’assurer que leur coopération financière ne contribue pas à aggraver les violations commises, et doivent impérativement subordonner leur aide à des exigences claires en matière de droits de l’homme.

Pour la défense des Chrétiens persécutés
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