

Syrie, RDC, Turquie, Irak et Algérie: 5 priorités contre la persécution des chrétiens
En 2025, 388 millions de chrétiens ont été soumis à de fortes persécutions et discriminations en raison de leur foi, soit 1 chrétien sur 7 dans le monde, selon l’Index 2026 de l’ONG Portes Ouvertes. Alors que la persécution s’est encore aggravée pour la 13e année consécutive, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) continue sa mobilisation sur cinq pays clés: la Syrie, la République démocratique du Congo (RDC), la Turquie, l’Irak et l’Algérie.
Les cinq premiers pays de l’Index 2026, soit les cinq plus hostiles envers les chrétiens, sont:
Le rapport de Portes Ouvertes met en lumière plusieurs pays au cœur du plaidoyer de l’ECLJ auprès des institutions européennes et onusiennes, notamment la Syrie (6e), la République démocratique du Congo (29e), la Turquie (41e), l’Irak (18e), et l’Algérie (20e).
La Syrie, classée 18e en 2025, figure désormais parmi les dix pays où les chrétiens sont le plus persécutés, atteignant la 6e place en 2026, ce qui témoigne d’une détérioration alarmante de la situation.
Depuis la chute de Bachar al-Assad et la prise de pouvoir du groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), les chrétiens de Syrie sont confrontés à une recrudescence dramatique des violences. Ils vivent désormais dans un climat de peur quasi permanent, marqué par des persécutions, des assassinats ciblés et des attaques répétées contre des églises. Le 22 juin 2025, un attentat suicide islamiste perpétré pendant la messe dans l’église Mar Elias à Damas a fait au moins 25 morts et plus de 60 blessés. La dégradation générale des conditions de vie — aggravée par la criminalité, la corruption, les discriminations religieuses et l’instabilité politique — pousse un nombre croissant de chrétiens à l’exode.
Face à cette situation, l’ECLJ se mobilise régulièrement au Parlement européen, lors des conférences organisées par l’Intergroupe «Chrétiens du Moyen-Orient». Nous appelons les Européens à mobiliser des moyens concrets pour garantir la liberté religieuse des chrétiens syriens, et à les reconnaître comme des communautés vivantes et indispensables à la société, plutôt que comme des minorités exogènes à la nation. Le 4 août 2025, l’ECLJ a soumis au Conseil des droits de l’homme des Nations unies une déclaration écrite fondée sur des témoignages de première main, alertant sur la situation des chrétiens de Syrie depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Charaa et sur le risque de disparition du pluralisme religieux au profit d’un modèle de gouvernance islamiste centralisée. Dans ce contexte, l’ECLJ a également mené un entretien avec le Dr Jens Kreinath, anthropologue en contact étroit avec les communautés alaouites et chrétiennes orientales d’Antioche/Hatay, afin d’analyser la nature du régime post-Assad et ses conséquences pour les communautés chrétiennes.
La République démocratique du Congo remonte de six places et occupe désormais la 29e place dans l’Index de 2026, contre la 35e place en 2025.
Les chrétiens font face à une persécution grave et croissante, en particulier dans l’est du pays (Nord-Kivu, Ituri) ravagé par des décennies de conflits armés dus au contrôle des ressources naturelles stratégiques, aux rivalités ethniques et aux tensions géopolitiques avec les pays voisins. La violence est largement alimentée par des groupes armés islamistes, parmi lesquels les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique, qui ciblent régulièrement des communautés chrétiennes à cause de leur foi.
À la suite du massacre de plus de 70 chrétiens, perpétré le 15 février 2025 dans une église protestante du Nord-Kivu par des groupes islamistes, l’ECLJ a lancé un appel urgent à la justice et à l’action internationale. Nous avons saisi plusieurs mécanismes des Nations unies, dont les Rapporteurs spéciaux sur la liberté de religion et sur la torture, ainsi que l’Union européenne et l’Union africaine, afin d’exiger des démarches diplomatiques fortes et des poursuites contre les responsables en RDC. Parallèlement, l’ECLJ s’est mobilisé aux côtés de l’ONG congolaise Un Jour Nouveau, pour porter des témoignages et des données de terrain auprès des institutions internationales. Ces actions ont conduit à une contribution officielle adressée à la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les personnes déplacées internes, à une intervention devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et à des rencontres à Bruxelles avec des députés du Parlement européen, la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure:
La Turquie occupe la 41e place de l’Index 2026, contre la 45e place dans l’édition 2025.
Les communautés chrétiennes y font face à une pression juridique et sociale persistante qui restreint leur liberté religieuse et leur existence publique. Les discours politiques et médiatiques présentent fréquemment les chrétiens, qu’ils soient citoyens turcs ou étrangers, comme une menace pour la sécurité nationale. Cette hostilité se traduit également par une politique systématique de spoliation des biens appartenant aux minorités chrétiennes pourtant reconnues et devant être protégées comme telles. L’ECLJ est intervenu dans deux affaires pendantes devant la Cour européenne des droits de l’homme: Balat Rum Balino Kilisesi Vakfı (Fondation de l’église grecque-orthodoxe Balino du quartier de Balat), ainsi que Surp Pırgiç Ermeni Hastanesi Vakfı (Fondation de l’hôpital arménien Saint-Sauveur), institution bicentenaire privée d’un terrain reconnu comme sien depuis l’époque ottomane.
En octobre 2025, nous avons publié une étude sur la persécution des chrétiens étrangers en Turquie, et en particulier sur la politique d’expulsions ciblées menée au nom de la sécurité nationale : entre 2019 et 2024, au moins 132 chrétiens étrangers ont été expulsés, un chiffre qui atteint 303 personnes en incluant leurs familles. En décembre 2025, l’ECLJ a accueilli à Strasbourg un avocat turc spécialiste de ces affaires devant la CEDH, notamment de l’affaire Wiest, dans laquelle l’ECLJ est intervenu en novembre 2024. Cette affaire, qui devrait être jugée courant 2026, constitue un dossier de référence pour une vingtaine d’affaires similaires concernant des chrétiens étrangers arbitrairement expulsés.
Le 16 octobre 2025, lors de la Conférence sur la dimension humaine de l’OSCE à Varsovie, Thibault van den Bossche a prononcé une déclaration orale dénonçant les agissements de la Turquie à l’encontre des chrétiens. En amont de la visite du pape Léon XIV en Turquie en novembre 2025, l’ECLJ a publié un rapport approfondi et largement médiatisé sur la persécution des chrétiens dans le pays, toutes nationalités et dénominations confondues.
Près de huit ans après la chute officielle de l’État islamique, la situation des chrétiens demeure inquiétante. L’Irak occupe la 18e place dans le classement des pays persécutant les communautés chrétiennes, alors même que leur présence y est ancestrale.
Les chrétiens en Irak subissent une forte vulnérabilité institutionnelle et sociale. La Constitution établit l’islam comme religion d’État et la charia interdit à un musulman de changer de religion, ce qui restreint considérablement la liberté religieuse. Majoritairement chaldéens ou assyriens, ils sont aujourd’hui largement concentrés dans les cinq provinces du nord du pays, conséquence de décennies de violences et de déplacements forcés.
L’ECLJ œuvre pour alerter les Nations unies sur ces persécutions qui poussent les chrétiens à quitter le pays. Nous avons relayé auprès du Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des minorités les craintes et besoins exprimés par les ONG actives sur le terrain et par les responsables ecclésiaux. À l’approche des élections législatives irakiennes de novembre 2025, l’ECLJ a également publié une analyse sur la «triple marginalisation des chrétiens d’Irak», mettant en évidence la spoliation des terres et le génocide patrimonial, les fragilités institutionnelles et politiques, ainsi que les pressions sociales et économiques.
L’Algérie occupe la 20e place dans l’Index 2026 de la persécution des chrétiens. Bien qu’elle occupait la 19e place en 2025, la liberté de religion y est toujours plus fragilisée. Les dernières églises évangéliques qui restaient ouvertes ont dû fermer au début de l’année 2025. La fermeture administrative de nombreuses églises, l’impossibilité d’en ouvrir de nouvelles et l’encadrement strict des activités religieuses entravent l’exercice normal de la foi, tandis que la Constitution de 2020 ne reconnaît plus la liberté de croyance. Le gouvernement algérien cible tout particulièrement les protestants de Kabylie et les convertis de l’islam, incriminant leurs pratiques religieuses par le biais de lois pénales sur le blasphème, le prosélytisme et le terrorisme. Les arrestations et condamnations arbitraires se multiplient.
Le 29 septembre 2025, l’ECLJ a coorganisé avec Jubilee Campaign un événement au Conseil des droits de l’homme pour dénoncer la détention arbitraire motivée par la religion. Nous avons invité l’universitaire Charlotte Touati à présenter la situation des chrétiens de Kabylie, persécutés non seulement pour leur foi, mais aussi pour leur appartenance ethnique, qu’Alger entend étouffer pour ne privilégier qu’une identité algérienne basée sur l’arabité et sur l’islam.
L’année 2026 sera primordiale pour le christianisme en Algérie puisque le pape Léon XIV, qui se présente lui-même comme un « fils de Saint Augustin », devrait s’y rendre après le Ramadan, qui s’achèvera fin mars. Ce voyage constituerait une première historique pour un pape et pourrait correspondre à la date de la commémoration de l’assassinat des sept moines de Tibhirine par des membres du Groupe islamique armé (GIA), il y a 30 ans.
Constance Avenel