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Persécution des chrétiens : actualités et actions internationales

Persécution des chrétiens : actualités

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Par Delphine Loiseau, Chercheur associé à l’ECLJ

 

En 2019, on recense plus de 245 millions de chrétiens victimes d’une forte persécution à travers le monde[1]. Cela signifie qu’1 chrétien sur 9 est persécuté en raison de sa foi. D’après l'Index Mondial de Persécution des Chrétiens, que l’ECLJ alimente de diverses informations, ce chiffre est en augmentation.

 

C’est dans ce contexte que plusieurs députés membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) ont déposé le 11 avril 2019 une proposition de résolution (Doc. n°14873), intitulée : « La persécution des chrétiens dans le monde – quelles réponses ? ». L’APCE avait déjà, par le passé, été saisie de la persécution des chrétiens. Elle a ainsi voté de nombreuses résolutions sur cette persécution au Proche et au Moyen-Orient, dénonçant entre autres, les violences puis le « génocide » commis par l’État Islamique envers les minorités chrétiennes d’Irak et de Syrie[2]. Sur la base de ces résolutions, elle a également émis des recommandations au Comité des Ministres du Conseil de l’Europe.

 

La proposition de résolution d’avril 2019 manifeste une prise de conscience accrue de l’ampleur de la persécution des chrétiens. Elle rappelle que celle-ci demeure un problème majeur et s’intensifie dans certaines régions, particulièrement en Afrique et en Asie du Sud-Est. Cette proposition demande à l’APCE d’« établir un état des lieux précis et chiffré de la persécution des chrétiens dans le monde ; d’« étudier les meilleures pratiques mises en place par les États membres pour promouvoir la liberté religieuse à l’international » ; et de « prendre des mesures coordonnées et encourager les États membres à adopter les meilleures pratiques pour lutter contre la persécution religieuse dans le monde, touchant des millions de chrétiens ». L’ECLJ, conscient de l’ampleur de la persécution faite aux chrétiens aujourd’hui dans le monde, se réjouit de cette initiative.

 

La persécution faite aux chrétiens en raison de leur foi est une violence injuste qui porte atteinte à leur liberté religieuse et à plusieurs autres de leurs droits.

Les États organisant une telle persécution tentent souvent d’empêcher les ressortissants de la religion majoritaire de se convertir au christianisme. Ils portent ainsi atteinte à leur liberté de changer de religion[3]. Certains États empêchent également les chrétiens de se rassembler afin de pratiquer leur culte. Cela est notamment le cas dans les États musulmans tels que l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, la Somalie, ou le Pakistan[4].  

De plus, la persécution faite aux chrétiens peut également revêtir la forme d’une discrimination très forte. Les chrétiens sont dans plusieurs États considérés comme des citoyens de seconde zone, inférieurs aux autres citoyens. Ils ont ainsi plus de difficultés à faire des études et à trouver un travail. Cette situation de discrimination dans la vie quotidienne existe dans de nombreux États tels que l’Égypte, le Nigéria ou encore l’Inde[5].

 

Cette persécution et cette discrimination touchent également les Églises et les paroisses. En effet, il arrive que celles-ci, en raison de lois existantes, ne parviennent pas à être reconnues par l’État et à avoir une personnalité juridique, ce qui pose de nombreux problèmes. En outre, le droit de propriété des Églises est parfois violé, malgré la jouissance continue et paisible de leurs possessions. Sur ce dernier point, l’ECLJ a dénoncé récemment, par le biais de ses observations faites dans le cadre d’un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), l’atteinte portée au droit de propriété d’une fondation d’une communauté grecque orthodoxe en Turquie dans l’affaire Arnavutköy Rum Ortodoks Taksiarhi Kilisesi Vakfi c. Turquie. En effet, malgré les démarches effectuées par cette fondation depuis des décennies, les autorités turques – dont les juridictions – refusent l’enregistrement de son nom sur le cadastre pour un terrain dont la possession effective et ininterrompue n’était pourtant pas contestée. Ce refus de reconnaître le droit de propriété de cette fondation est discriminatoire, car il vient de son appartenance à une minorité religieuse, dans un État dont la religion majoritaire est l’islam.

 

De manière encore plus violente, des chrétiens sont parfois, en raison de leur foi, torturés ou tués. L’ECLJ s’est battu pour que la persécution des chrétiens et d’autres minorités par l’État islamique soit reconnue à l’ONU comme un « génocide », en agissant auprès du Conseil des droits de l’homme à Genève (voir ici et ainsi que la dernière intervention).

D’après le droit international, un génocide est un ensemble de crimes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, éthique, racial ou religieux ». La reconnaissance d’un génocide par les Nations unies ne revêt pas seulement une importance symbolique, mais permet également de lutter plus efficacement contre lui et de mieux le condamner. En effet, le droit international prévoit que tant l’exécution du génocide que « l’entente en vue de commettre le génocide, l'incitation directe et publique, la tentative et la complicité » sont punissables (Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, et Statut de Rome de la Cour pénale internationale). Ainsi, la reconnaissance d’un tel génocide par les États et la communauté internationale, leur impose des obligations positives d’agir pour lutter contre le génocide, et donc de protéger les populations qui sont en cours d’extermination.

 

Des chrétiens sont également arrêtés, jugés, enfermés en raison de leur foi, et ce en contradiction avec le principe de l’interdiction d’être détenu et arrêté arbitrairement ou du droit à un procès équitable. L’ECLJ a mené – et mène – différents combats afin que des chrétiens maintenus en détention arbitrairement puissent être relâchés.

Ainsi, le pasteur Andrew Brunson a été libéré des prisons turques le 12 octobre 2018 suite à l’action de l’ECLJ devant les institutions européennes et à l’ONU, en lien avec celle de l’American Center for Law and Justice (ACLJ), qui avait mis en place une pétition et qui a été auditionné par le Congrès des États-Unis. En outre, l’ECLJ est intervenu le 8 juillet dernier à l’ONU pour dénoncer la situation de John Cao, emprisonné arbitrairement en Chine depuis mars 2017. Cet homme, lui aussi pasteur, a été jugé coupable d’avoir organisé des passages illégaux à la frontière. Malgré l’appel formé à l’encontre de ce jugement, il est toujours détenu dans des conditions très difficiles. À l’invitation de l’ECLJ, son épouse a également pris la parole à l’ONU pour dénoncer cette situation, d’autant plus absurde que le travail humanitaire de son époux était connu des autorités locales et du gouvernement chinois (voir ici son intervention).

 

De manière plus globale, l’ECLJ dénonce les situations des chrétiens dans différents États du monde : Turquie, Bolivie, Égypte, Iran, Irak, Kazakhstan, Chine, Nigéria, Pakistan. Il participe notamment au processus de l’Examen périodique universel (EPU), au cours duquel l’ECLJ remet des rapports destinés à informer le Conseil des droits de l’homme des Nations unies des différentes violations de la liberté de religion dans chacun de ces pays. L’ECLJ prend également à cœur la situation des chrétiens au sein même de l’Europe. Ses chercheurs associés, à la demande de l’ONG Portes Ouvertes, fournissent par exemple des informations sur les persécutions dont sont victimes les chrétiens en France.

 

Par toutes ces actions, l’ECLJ travaille à ce que les institutions européennes et internationales prennent conscience de l’ampleur et de la gravité des persécutions faites aux chrétiens à travers le monde en raison de leur foi, afin qu’elles enjoignent avec empressement les États persécuteurs d’y mettre un terme.

 

[1] Index Mondiale de persécution des chrétiens 2019, Portes ouvertes :

https://www.portesouvertes.fr/persecution-des-chretiens

[2] Recommandation APCE 1957 (2011) ; Résolution APCE 1928 (2013) ; Résolution APCE 2016 (2014) et Recommandation APCE 2055 (2014) ; Résolution APCE 2036 (2015) ; Résolution 2190 APCE (2017) ; Proposition de résolution n°14822, 25 janvier 2019.

[3] Pratique des États du Moyen-Orient musulman dont l’Arabie Saoudite mais également l’Algérie et l’Inde. Pour plus de détails, voir le site de l’ONG Portes ouvertes : https://www.portesouvertes.fr/

[4] Ibid.

[5] Ibid.