L’ECLJ dénonce l’oppression des chrétiens d’Algérie devant l’ONU
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Le 18 mars 2026, l’ECLJ a dénoncé à l’ONU l’oppression persistante des chrétiens en Algérie, marquée par la fermeture des églises, la pression sur les convertis et des poursuites judiciaires croissantes. Face à la dégradation de la liberté religieuse et à l’approche de la visite du pape Léon XIV dans le pays, nous avons appelé les autorités au respect effectif de la liberté de conscience.

Le 18 mars 2026, le Centre européen pour le droit et la justice a organisé une conférence consacrée à la situation des droits de l’homme en Algérie. À l’approche de la visite du pape Léon XIV du 13 au 15 avril 2026, nous avons porté une attention particulière à l’oppression subie par les chrétiens.

Plusieurs intervenants de premier plan ont pris la parole:

  • le pasteur Youssef Ourahmane, vice-président de l’Église protestante d’Algérie;
  • Djamila Djelloul, chrétienne convertie d’arrière-plan musulman, d’origine algérienne, auteure du livre biographique «Musulmane, Jésus m’a libérée»;
  • le Dr Charlotte Touati, historienne et spécialiste des minorités en Afrique du Nord, chercheuse à l’Université de Lausanne;
  • Ali Aït Djoudi, président de Riposte Internationale;
  • Nicolas Bay, membre du Parlement européen.

Cet événement, organisé en marge de la 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, s’est tenu avec le soutien de Christian Solidarity International et de Jubilee Campaign.

Visite du pape en Algérie: le lointain héritage de saint Augustin

La visite historique du pape Léon XIV en Algérie aura lieu trente ans après le martyre des moines de Tibhirine. Cet anniversaire rappelle une histoire douloureuse: celle de la «Décennie noire» et des 19 martyrs catholiques d’Algérie. Mais cette visite renvoie aussi à une présence chrétienne bimillénaire sur cette terre, dont le pape, issu de l’ordre de Saint-Augustin, incarne à notre époque la continuité.

Du côté des autorités algériennes, l’identité chrétienne de l’Algérie est quasiment niée. Abdelaziz Bouteflika avait vaguement tenté de s’approprier la figure augustinienne, notamment à travers le colloque international organisé en 2001 par le Haut Conseil islamique autour du thème «Saint Augustin: africanité et universalité». Aujourd’hui, sous la présidence de Tebboune, que reste-t-il réellement de cet héritage?

Car la réalité s’impose: actuellement, en Algérie, on ne peut pas être librement chrétien. La Constitution adoptée en 2020 a supprimé toute référence explicite à la liberté de conscience. Dans les faits, l’identité islamique constitue la seule référence religieuse pleinement reconnue, consacrée tant par la Constitution que par le Code de la famille, et structurant l’ensemble de la vie sociale, y compris le choix des prénoms.

Les églises évangéliques fermées, l’Église catholique réduite au rôle de vitrine du «dialogue interreligieux»

Les chrétiens protestants évangéliques figurent parmi les plus exposés. Leur engagement missionnaire les soumet à des pressions constantes. Le pasteur Youssef Ourahmane, vice-président de l’EPA, a été condamné le 2 mai 2024 par la Cour d’appel de Tizi Ouzou à un an de prison ferme et 100 000 dinars d’amende pour avoir «célébré un culte non autorisé». Devant l’ONU, il alerte sur les difficultés de la Société biblique pour importer des bibles, la surveillance continue des fidèles et les interrogatoires intimidants menés par la police ou la justice. Par ailleurs, les 47 églises de l’EPA ont été fermées, tandis que le statut légal de cette Église, reconnu depuis 1972, se trouve désormais remis en cause.

Charlotte Touati souligne que «les autorités invoquent généralement l’absence d’autorisation administrative», exigée par l’ordonnance de 2006 sur les cultes non musulmans et la loi de 2012 sur les associations. Elle relève toutefois que «les communautés chrétiennes expliquent que leurs demandes d’enregistrement restent sans réponse». Il en résulte, ajoute-t-elle, «une situation paradoxale: les églises sont fermées pour absence d’autorisation, alors même que cette autorisation est presque impossible à obtenir».

L’Église catholique privilégie désormais le seul dialogue interreligieux au détriment de l’évangélisation, et les autorités algériennes s’en servent pour projeter une vitrine de tolérance. La restauration de la cathédrale du Sacré-Cœur d’Alger, lancée le 7 décembre 2025, s’inscrit dans cette logique et bénéficie d’un financement public. Pour autant, l’Église catholique n’échappe pas aux restrictions: son service humanitaire Caritas, pourtant au service de toute la population depuis 1962, a été fermé en octobre 2022. L’archevêque d’Alger Mgr Jean-Paul Vesco annonçait alors vouloir «ne pas entrer en conflit avec les autorités» et «continuer à faire du bien sans faire de bruit».

La nécessité de témoigner du Christ dans un contexte de répression politique, civique et religieuse

Djamila Djelloul, chrétienne d’arrière-plan musulman, tient un discours bien plus engagé. Apostrophant directement le pape Léon XIV, elle le «supplie de demander la vraie liberté de conscience, c’est-à-dire le droit de changer de religion pour ceux qui viennent de l’islam, pas simplement la liberté de pratiquer pour les chrétiens qui sont sur place.» Le Saint-Père doit aussi «réveiller les prêtres, qui sont les successeurs des apôtres», Djamila Djelloul rappelant que «le dialogue ne convertit pas, seul Jésus convertit». Elle l’exhorte enfin à «rencontrer les convertis pour leur dire: vous existez, vous avez votre place, nous sommes avec vous et pour vous».

Un témoignage fort alors que le prosélytisme fait l’objet de sanctions pénales: l’ordonnance de 2006 interdit notamment d’«ébranler la foi d’un musulman» ou de le convertir à une autre religion. Mais comment interpréter concrètement cette interdiction? Lorsqu’un Algérien pose librement des questions sur la foi chrétienne et reçoit des réponses, ces échanges constituent-ils une infraction? Dans cette logique, les autorités poursuivent les conversions au christianisme, perçues comme une atteinte à l’identité islamique de l’Algérie.

De manière plus générale, la répression touche l’ensemble de l’espace politique et civique depuis le soulèvement populaire du 22 février 2019, appelé le ‘‘Hirak’’ (le « mouvement » en arabe). Cette répression «s’est accentuée avec le recours extensif à l’article 87 bis du Code pénal, qui élargit la définition des actes qualifiés de terrorisme», observe Ali Aït Djoudi. L’écrivain Boualem Sansal, condamné pour atteinte à l’unité nationale puis gracié en novembre 2025 et le journaliste sportif Christophe Gleizes, condamné en décembre 2025 à sept ans de prison pour «apologie du terrorisme» et toujours détenu, illustrent concrètement la portée de ces poursuites.

Notre contradiction face aux premiers martyrs chrétiens et aux engagements internationaux de l’Algérie

Au regard de l’histoire, Charlotte Touati met en lumière «une contradiction profonde»: «nous honorons les martyrs chrétiens, exécutés aux premiers temps de l’Église pour avoir refusé d’abandonner leur foi. Nous admirons Augustin, le grand converti d’Afrique du Nord. Mais que faisons-nous pour les convertis d’aujourd’hui? Que faisons-nous pour ces hommes et ces femmes qui, en Kabylie, lisent les mêmes Évangiles, méditent les mêmes textes et suivent la même démarche spirituelle?»

«La liberté de conscience ne peut pas être un hommage au passé. Elle doit être une réalité pour le présent», insiste Charlotte Touati. L’ECLJ rappelle que cette liberté engage l’Algérie au regard de ses obligations internationales et ne saurait dépendre d’une majorité religieuse ou d’un contexte politique. «Nous serons toujours du côté des libertés fondamentales et des chrétiens qui sont opprimés et qui souffrent, a fortiori lorsqu’il s’agit de chrétiens installés sur des territoires proches de l’Europe», affirme pour sa part le député européen Nicolas Bay.

L’Algérie bénéficie d’un accord d’association avec l’Union européenne depuis 2002, dont l’article 2 érige le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques en un élément essentiel de la coopération. Nicolas Bay appelle dès lors la Commission européenne à «respecter les termes de cet accord» et à ne pas laisser «le pouvoir algérien faire ce qu’il veut, alors qu’il va toujours plus loin dans la restriction des libertés, dans une fuite en avant dont l’ensemble du peuple algérien est victime».

Pétition de soutien aux chrétiens d’Algérie
Lire le texte complet de la pétition

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