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Chypre: le Parlement européen reconnaît pour la première fois le viol comme arme de guerre de l’invasion turque de 1974

Chypre: Le viol comme arme de l’invasion turque de 1974

Par ECLJ1784613600000
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Pour la première fois, le Parlement européen reconnaît officiellement que des violences sexuelles ont été utilisées comme arme de guerre lors de l’invasion turque de Chypre en 1974. Plus de cinquante ans après les faits, il affirme que la Turquie demeure responsable des violations du droit international commises pendant et après l’invasion, appelle à la réparation des victimes et réaffirme le caractère toujours illégal de l’occupation du nord de l’île. Crédit photo: Christian CREUTZ © European Union 2026 - Source: Parlement européen, pour usage éducatif et non commercial.

Le 8 juillet 2026, le Parlement européen a adopté une résolution qui marque un tournant dans sa position sur Chypre. Pour la première fois, il reconnaît officiellement que des violences sexuelles ont été utilisées comme arme de guerre lors de l’invasion turque de 1974 et affirme la responsabilité persistante de la Turquie dans les violations du droit international commises pendant et après l’invasion.

Adoptée par 575 voix contre 33 sur la base d’un rapport de l’eurodéputée grecque Eleonora Meleti, la résolution condamne l’invasion et l’occupation du nord de l’île, qui se poursuit depuis plus de cinquante ans sans qu’aucune solution durable n’ait été trouvée. Elle appelle notamment à la reconnaissance et à la réparation des victimes, à un véritable travail de mémoire ainsi qu’à la reprise des négociations sur la réunification de Chypre sous l’égide des Nations unies.

Le viol des Chypriotes utilisé comme arme de guerre par la Turquie

Selon le Parlement européen, les violences sexuelles ont été utilisées de manière systématique contre des femmes et des jeunes filles de différentes communautés de Chypre, notamment chypriotes grecques, chypriotes turques, maronites, arméniennes et latines. Commis principalement par des membres des forces armées turques agissant sous la direction ou avec la protection de leurs officiers, ces crimes comptent parmi les aspects les moins reconnus du conflit, tant sur les plans historique que juridique et institutionnel.

Le nombre exact de victimes demeure difficile à établir. D’après les informations retenues par le Parlement, entre 700 et 1.500 femmes et jeunes filles auraient subi des violences sexuelles. Ce sous-signalement s’explique notamment par le traumatisme, la peur, la honte et l’absence de mécanismes permettant aux victimes de témoigner en toute sécurité. Beaucoup ont gardé le silence pendant des décennies ou quitté l’île pour échapper à la stigmatisation, tandis que plusieurs suicides et tentatives de suicide auraient été liés à ces violences. Leur ampleur fut telle que l’Église orthodoxe de Chypre autorisa exceptionnellement l’avortement pour les femmes violées, alors même qu’il était interdit par la législation chypriote de l’époque.

Un demi-siècle d’occupation turque

L’origine du conflit remonte à l’été 1974. Le 15 juillet, la junte militaire au pouvoir en Grèce organise un coup d’État contre le président chypriote, l’archevêque Makarios, dans le but de rattacher l’île à la Grèce. Cinq jours plus tard, la Turquie intervient militairement en invoquant son rôle de puissance garante prévu par le traité de garantie de 1960. Après un premier cessez-le-feu, une seconde offensive lancée le 14 août lui permet de prendre le contrôle d’environ 36% du territoire chypriote.

Si Ankara présente cette intervention comme une opération destinée à rétablir l’ordre constitutionnel, ses troupes restent sur place après le retour de Mgr Makarios à la présidence. En 1983, les autorités du nord proclament unilatéralement la «République turque de Chypre du Nord», reconnue par la seule Turquie et maintenue sous perfusion économique, financière, militaire et politique. Plus de cinquante ans après l’invasion, la République de Chypre demeure le seul État membre de l’Union européenne dont une partie du territoire est occupée par un pays tiers.

Déplacements, spoliations et effacement du patrimoine chrétien

Les conséquences humaines de l’invasion demeurent considérables. Environ 200.000 Chypriotes grecs ont fui le nord de l’île, des centaines de personnes ont disparu et des milliers de propriétés ont été abandonnées. L’occupation s’est également accompagnée d’une transformation profonde du territoire. Des centaines d’églises, de chapelles et de monastères orthodoxes ont été pillés, profanés, détruits ou convertis à d’autres usages. Des cimetières ont été vandalisés, des œuvres d’art et des objets liturgiques ont disparu, tandis que de nombreux villages ont vu leurs noms grecs remplacés par des toponymes turcs.

Une partie importante des biens abandonnés demeure aujourd’hui inaccessible à leurs propriétaires, tandis que les procédures de restitution engagées devant la Commission des biens immobiliers restent souvent bloquées pendant de nombreuses années. En juin 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a d’ailleurs condamné la Turquie pour la lenteur excessive de ce mécanisme de restitution, illustrant le caractère toujours actuel de ce contentieux (K.V. Mediterranean Tours Limited c. Turquie).

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