Actes antichrétiens: l’Union européenne doit s’inspirer de l’OSCE
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Réunis à Varsovie le 7 octobre 2026 lors de la Conférence de l’OSCE sur la dimension humaine, l’ECLJ et ses partenaires ont mis en lumière les outils concrets de l’OSCE pour combattre l’explosion des crimes de haine antichrétiens en Europe. Alors que de son côté l’Union européenne s’enferme dans une inertie institutionnelle alarmante, la société civile exige que l’UE cesse sa politique du «deux poids, deux mesures» et nomme enfin un Coordinateur dédié à la protection des chrétiens. Le succès le 12 octobre 2026 de notre audition par la Commission des pétitions du Parlement européen est très encourageant.

À l’occasion de la Conférence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) sur la dimension humaine à Varsovie, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) et l’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’encontre des chrétiens en Europe (OIDAC Europe) ont coorganisé, le 7 octobre 2026, une conférence majeure dédiée aux crimes de haine antichrétiens. Face à l’explosion documentée de la violence sur le continent, nous avons adressé un message unanime: pour sortir de son inertie, l’Union européenne doit d’urgence s’inspirer des mécanismes de l’OSCE.

L’implacable réalité des chiffres et le piège de la sous-déclaration

L’UE ne peut plus fermer les yeux sur la réalité de l’intolérance antichrétienne. Anja Tang, directrice de l’OIDAC Europe, a révélé des chiffres alarmants: 2 211 crimes de haine antichrétiens ont été identifiés sur le continent pour la seule période de rapportage 2024. Si les atteintes aux biens (vandalismes, profanations) restent majoritaires, les violences les plus graves sont en forte hausse, le rapport ayant comptabilisé 274 agressions physiques directes ainsi que 94 incendies criminels ciblant des églises.

Ce bilan n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg en raison d’un phénomène massif de sous-déclaration, tant par les victimes que par les États. En Pologne, une étude de l’Institut de statistiques de l’Église catholique démontre que 80% des prêtres victimes d’agressions n’ont pas déposé plainte. En Espagne, la situation locale est tout aussi préoccupante: Maria García, directrice de l’Observatoire de la liberté religieuse (Observatorio para la Libertad Religiosa), y a recensé 305 attaques en 2025 (en hausse de 26% sur un an), dont 70% ciblaient des chrétiens. Pourtant, elle a dénoncé le fait que les données officielles espagnoles transmises à l’OSCE n’intègrent aucune catégorie spécifique pour la «christianophobie», laissant la société civile assumer seule ce travail vital de documentation. La France également, qui dispose pourtant de chiffres très précis sur les actes antireligieux, néglige de les transmettre à l’OSCE pour son rapport annuel.

L’hostilité antichrétienne est alimentée par un climat culturel délétère, fait de stéréotypes médiatiques et de restrictions législatives, à l’instar de la criminalisation de la prière silencieuse autour des cliniques d’avortement, des menaces sur la liberté de conscience du personnel soignant face à l’euthanasie ou des pressions idéologiques agressives ciblant les écoles catholiques. Comme l’a souligné Marcela Szymanski, responsable du plaidoyer européen à l’Aide à l’Église en Détresse (ACN), il existe un lien direct entre l’érosion de la liberté religieuse et la montée de lois qui tendent à transformer certains croyants en citoyens de seconde zone, et ce, bien que les chrétiens représentent 60% de la population de l’espace OSCE.

Thibault van den Bossche, chargé de plaidoyer à l’ECLJ, a brisé un tabou majeur, celui des demandeurs d’asile chrétiens et des convertis issus de l’islam dans l’espace de l’OSCE. Ils font face à une réalité humaine tragique, marquée par l’insécurité, le secret et une violence systémique. Bien qu’ils fuient les persécutions religieuses dans leur pays d’origine, ces réfugiés retrouvent souvent la même hostilité au sein des structures d’accueil européennes où, placés en minorité, ils subissent des insultes, des boycotts et de graves agressions physiques. Cette vulnérabilité est amplifiée par des menaces intersectionnelles: la conversion coupe les réfugiés du seul réseau de solidarité de leur diaspora, tandis que les femmes converties subissent une double peine, exposées aux violences sexuelles et religieuses dans l’indifférence des autorités et face à une administration de l’asile qui suspecte indûment la sincérité de leur foi.

  • Voir l’intervention de Thibault van den Bossche sur les chrétiens dans les centres d’asile:

Le modèle de l’OSCE: des outils concrets et une structure adaptée

Face à ce constat, l’OSCE a développé une expertise et une structure institutionnelle dont l’Union européenne manque cruellement.

Sur le plan opérationnel, Mikaela Christiansson, conseillère pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance à l’encontre des chrétiens et des membres d’autres religions au Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, a présenté la série de guides pratiques pour répondre aux besoins de sécurité des communautés: après les crimes antisémites en 2017 et les crimes antimusulmans en 2020, le guide dédié aux crimes antichrétiens a été publié en 2025. Conçus pour les forces de l’ordre, ces outils visent à renforcer l’enregistrement des crimes, bâtir la confiance et encourager le signalement sur le terrain grâce à des ateliers nationaux.

Sur le plan politique, Carmen Correas, chargée juridique à Alliance Defending Freedom International, a salué l’équilibre du modèle de l’OSCE, qui dispose de trois Représentants personnels pour la tolérance et la non-discrimination dédiés respectivement à la lutte contre «l’antisémitisme», contre «l’intolérance et la discrimination à l’égard des musulmans» et contre «le racisme, la xénophobie et la discrimination, et notamment contre l’intolérance et la discrimination à l’encontre des chrétiens et des membres d’autres religions». Bien qu’imparfaite, cette architecture globale et sans angle mort fait défaut à Bruxelles.

Le succès de la pétition à Bruxelles: le Parlement européen pousse à l’action

Ce plaidoyer de Varsovie s’est traduit par un succès institutionnel majeur à Bruxelles quelques jours plus tard, le 12 octobre 2026. Porté par une mobilisation citoyenne massive, Thibault van den Bossche a été auditionné par la Commission des pétitions (PETI) du Parlement européen pour réclamer une égale protection des droits des chrétiens dans l’UE.

Face aux réticences de l’exécutif européen, la commission PETI a pris une décision forte en choisissant de maintenir la pétition ouverte. Soutenue par un large arc politique, la commission PETI va exiger des comptes à la Commission européenne et faire pression pour obtenir un débat en session plénière ainsi que le vote d’une résolution officielle.

L’ECLJ et ses partenaires rappellent que l’Union européenne doit d’urgence cesser sa politique du «deux poids, deux mesures». À l’instar des coordinateurs nommés dès 2015 pour les communautés juives et musulmanes, et en parfaite cohérence avec la structure éprouvée de l’OSCE, l’UE doit nommer sans plus attendre un Coordinateur européen chargé de la lutte contre les attaques et les discriminations envers les chrétiens.

Voir la vidéo de l’audition et lire notre communiqué.

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