

Élections du 7 juin en Arménie
Pashinyan a appelé à la création d’une «Quatrième République» si son parti remporte les élections du 7 juin. Cette «Quatrième République» s’inscrit dans la vision de Pashinyan d’une «Arménie réelle», qui comporte plusieurs caractéristiques distinctes. Premièrement, l’«Arménie réelle» signifie la paix avec l’Azerbaïdjan. Deuxièmement, l’«Arménie réelle» signifie l’intégration dans l’UE, des relations étroites avec les États-Unis et un éloignement progressif de la Russie. Troisièmement, l’«Arménie réelle» est associée aux efforts de Pashinyan pour redéfinir le rôle de l’Église apostolique arménienne et rejeter toute revendication sur la région du Haut-Karabakh, qui est passée sous le contrôle total de l’Azerbaïdjan à la suite de l’offensive de septembre 2023.
Cette stratégie de rapprochement et de normalisation n’est toutefois pas sans difficultés. La campagne de Pashinyan en faveur de l’«Arménie réelle» a suscité une vague d’opposition politique visant à disputer au parti Contrat civil le contrôle de la scène géopolitique arménienne. Ces opposants rejettent la politique de Pashinyan à l’égard de la Russie, de l’Église apostolique et du Haut-Karabakh.
Le 26 mai 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a rencontré le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan à Erevan dans le but de finaliser des accords relatifs à la coopération économique entre les États-Unis et l’Arménie, notamment dans l’extraction et le traitement de minéraux critiques et d’éléments de terres rares[1]. Ces accords soutiennent également le développement de l’initiative «Trump Route for International Peace and Prosperity» (TRIPP), un axe routier et ferroviaire traversant la région arménienne du Syunik et reliant l’Azerbaïdjan continental à son exclave du Nakhitchevan.
Cette initiative vise à faciliter le commerce régional et l’intégration économique, tout en s’inscrivant dans une stratégie américaine plus large visant à ouvrir des voies de transit est-ouest à travers le Caucase du Sud, contournant ainsi la Russie et l’Iran. L’initiative TRIPP est née de l’accord de paix négocié par le président américain Donald Trump entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en août 2025. À l’approche des élections en Arménie, Trump a publiquement apporté son soutien à Pashinyan sur son compte Truth Social[2], laissant entendre qu’un soutien politique et économique supplémentaire des États-Unis suivrait si les résultats des élections étaient favorables à Pashinyan.
Malgré l’accord de paix négocié entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en 2025, le président de l’Azerbaïdjan a précédemment déclaré qu’il ne pourrait y avoir de paix tant que l’Arménie n’aurait pas renoncé à toutes ses revendications sur le Haut-Karabakh: «La déclaration d’indépendance [arménienne] pose clairement une menace territoriale pour l’Azerbaïdjan, car elle traite de l’unification du prétendu Haut-Karabakh avec l’Arménie. Donc, tant que ce paragraphe figurera dans le texte, un accord de paix ne sera pas possible»[3]. Dans le cadre de ses efforts pour faire la paix avec l’Azerbaïdjan, Pashinyan a constamment dénoncé les revendications arméniennes sur le Haut-Karabakh.
La politique de normalisation engagée par Erevan concerne également la Turquie. Bien que l’Arménie et la Turquie n’aient toujours pas établi de relations diplomatiques complètes et que leur frontière commune demeure fermée depuis 1993, les deux pays ont entamé un rapprochement prudent depuis fin 2021, à la suite de la défaite de l’Arménie lors de la deuxième guerre du Haut-Karabakh. Le dernier exemple en date remonte au 5 mai 2026, lorsque les deux gouvernements ont signé un accord visant à restaurer conjointement le pont historique d’Ani, situé sur leur frontière commune. Néanmoins, l’héritage du génocide arménien reste un obstacle majeur, que la Turquie continue de nier malgré sa reconnaissance par de nombreux États, organismes internationaux et historiens[4].
Les efforts de paix de Pashinyan coïncident avec son objectif plus large de renforcer l’intégration de l’Arménie au sein de l’UE. Bien que l’Arménie n’ait pas officiellement demandé à adhérer à l’UE et reste en dehors du processus d’adhésion (contrairement à l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie), le gouvernement a pris des mesures importantes en vue d’un rapprochement avec l’Union. Le 26 mars 2025, le Parlement arménien a adopté une loi lançant officiellement un processus de rapprochement en vue d'une future adhésion à l'Union européenne[5], tandis que des réformes successives ont cherché à aligner la législation et les institutions arméniennes aux normes de l’UE.
Jusqu’à récemment, l’Arménie dépendait de ses échanges commerciaux avec la Russie, qui représentent 36 % de son commerce extérieur[6], mais Pashinyan a commencé à prendre ses distances vis-à-vis de la Russie. Le 5 mai 2026, lors du tout premier sommet UE-Arménie, Pashinyan a rencontré le président du Conseil européen António Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen afin d’adopter une déclaration commune affirmant le soutien de l’UE à l’alignement des lois arméniennes sur celles de l’UE[7].
La Russie a fait part de ses inquiétudes et de son désaccord face à la position pro-UE de Pashinyan. Pour cette raison, le 30 mai 2026, Moscou a annoncé le rappel de son ambassadeur en Arménie[8]. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhail Galuzin, a déclaré que l’Arménie ne pouvait pas être à la fois membre de l’UE (un alignement pro-occidental) et de l’UEE (un alignement pro-russe)[9]. Le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Alexey Overchuk, a également déclaré que «les adhésions à l’UEE et à l’UE sont incompatibles»[10].
Le président russe Vladimir Poutine a lui-même exigé que l’Arménie choisisse entre l’UE et l’UEE. Dans une déclaration à la presse, Poutine a indiqué qu’il y aurait des conséquences économiques si l’Arménie adhérait à l’UE: «la fusion des deux systèmes [de l’UE et de l’UEE] en une seule journée est pratiquement impossible. De ce fait, nous serions contraints […] de réduire considérablement notre coopération avec l’Arménie dans le domaine économique lié aux processus d’intégration»[11].
La détérioration des relations est d’autant plus frappante que l’Arménie a adhéré à la Cour pénale internationale en 2024, malgré le mandat d’arrêt délivré par la CPI à l’encontre de Poutine, une décision vivement critiquée par Moscou. Parallèlement, cependant, la Russie continue de maintenir sa 102e base militaire à Gyumri, ce qui souligne la dépendance sécuritaire persistante de l’Arménie vis-à-vis de la Russie, alors même que le pays renforce ses liens avec l’Occident.
La loyauté de l’Arménie étant partagée entre les alliances occidentale et russe, le parti qui remportera les élections du 7 juin pourrait changer l’avenir géopolitique de l’Arménie. Des informations faisant état de cyberattaques russes ciblant les médias arméniens indiquent que la Russie a tenté de mener une campagne de désinformation pour renverser la tendance au détriment de Pashinyan, dont le parti est actuellement donné favori pour remporter les élections[12]. Les inquiétudes de Poutine quant à l’avenir des relations russo-arméniennes ont été encore soulignées lors d’une réunion le 1er avril 2026. Le président russe y a encouragé Pashinyan à autoriser «tous ces partis politiques» (aux positions pro-russes) à participer aux élections[13].
La déclaration de Poutine faisait référence à l’un des adversaires politiques de Pashinyan, Samvel Karapetyan, du parti «Arménie Forte». Karapetyan, un homme d’affaires favorable à l’Église apostolique, possède la double nationalité russe et arménienne, ce qui l’empêcherait de se présenter aux élections en vertu de la Constitution arménienne[14]. Il est actuellement assigné à résidence, accusé par les autorités arméniennes d'avoir cherché à déstabiliser le pouvoir. Outre Karapetyan, plusieurs autres partis se présentant aux élections du 7 juin ont des positions pro-russes, notamment le parti «Arménie prospère»[15] et le parti «Alliance arménienne»[16].
En réponse aux inquiétudes croissantes concernant l’influence russe sur les élections du 7 juin, plusieurs institutions européennes ont mis en place des mesures de protection contre toute ingérence extérieure. Le 30 avril 2026, par un vote écrasant de 476 voix contre 47 (avec 28 abstentions), le Parlement européen a adopté une résolution soutenant des « élections libres, équitables et transparentes » en Arménie et a condamné la tentative de campagne de désinformation menée par la Russie[17]. Le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH / ODIHR) a depuis le 1er mai déployé une mission d’observation électorale dans tout le pays[18]. Plusieurs délégués de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) se sont également rendus à Erevan du 12 au 14 mai pour écouter les préoccupations concernant la cybersécurité et les campagnes de désinformation[19], ce qui témoigne de la gravité de la situation.
Une autre institution accusée de chercher à influencer les élections est l'Église apostolique arménienne. Le 3 avril 2026, le parti Contrat civil a publié son programme préélectoral pour 2026-2031, déclarant notamment que l’Église apostolique avait «créé une opportunité pour des forces extérieures» de porter atteinte à la souveraineté arménienne, raison pour laquelle le parti Contrat civil prévoyait de réformer l’Église apostolique afin de «rétablir pleinement l’ordre constitutionnel de la République d’Arménie»[20].
La Constitution actuelle de la République d’Arménie prévoit que les organisations religieuses doivent être séparées de l’État (article 17)[21]. Par ailleurs, l’article 18 reconnaît la «mission historique exclusive» de l’Église apostolique d’Arménie dans la vie spirituelle du peuple arménien et dans la préservation de la culture et de l’identité nationales arméniennes. L’Arménie est largement reconnue comme le premier État à avoir adopté le christianisme comme religion officielle, traditionnellement en 301 après J-C. Tout au long des siècles de domination perse, ottomane et soviétique, l’Église a joué non seulement le rôle d’institution religieuse, mais aussi celui de gardienne de la langue, de la culture et de la mémoire historique arméniennes. Pour de nombreux Arméniens, cette institution reste étroitement liée à l’identité nationale, ce qui rend particulièrement sensible toute tentative de l’État visant à réformer sa direction ou sa gouvernance.
De récents développements indiquent toutefois que le gouvernement arménien a l’intention de décider qui dirigera l’Église apostolique. Sur sa page Facebook, Pashinyan a publié un projet de programme du parti Contrat civil, qui prévoit notamment de destituer le «chef de facto» de la Sainte Église apostolique arménienne[22]. Le chef actuel de l’Église, le catholicos Karekin II, n’a pas été nommément visé, mais cette déclaration suggère clairement que le gouvernement arménien aura le pouvoir de démettre Karekin II de ses fonctions. Le gouvernement arménien s’était déjà opposé à Karekin II lorsqu’il avait ouvert une procédure pénale à son encontre pour avoir refusé de réintégrer un archevêque sur ordre d’un tribunal arménien[23]. Pashinyan lui-même a appelé Karekin II à démissionner, arguant que ce dernier avait rompu ses vœux de célibat et avait eu un enfant[24].
Outre les attaques contre le catholicos, le gouvernement de Pashinyan a également censuré les discours politiques de divers membres du clergé qui ont critiqué la gestion par Pashinyan du conflit du Haut-Karabakh avec l’Azerbaïdjan. Le 27 juin 2025, l’archevêque Mikael Ajapahian a été arrêté pour une interview dans laquelle il avait exprimé ses regrets que l’armée arménienne n’ait pas pu «sauver» l’Arménie et le Haut-Karabakh pendant la deuxième guerre du Karabakh avec l’Azerbaïdjan[25]. L’arrestation d’Ajapahian a suivi de près celle de l’archevêque Bagrat Galstanyan pour «actes de terrorisme» (après qu’il eut ouvertement critiqué Pashinyan)[26]. Treize autres membres du clergé (des prêtres et un évêque) ont été arrêtés en octobre 2025[27].
Le 5 décembre 2025, l’archevêque Arshak Khachatryan, un allié fidèle du catholicos Karekin II, a été arrêté après avoir été accusé d’avoir participé à une opération visant à faire placer de la drogue sur des manifestants opposés à Karékine II lors de manifestations en 2018[28]. En février 2026, les autorités arméniennes ont également imposé des interdictions de voyager à plusieurs hauts responsables de l’Église apostolique arménienne, dont le catholicos Karekin II et six évêques, les empêchant ainsi d’assister à une assemblée d’urgence des évêques en Autriche, ce qui constitue une ingérence dans les affaires internes de l’Église[29].
Bien que la Constitution arménienne garantisse la séparation de l’Église et de l’État, les arrestations de membres du clergé, qui coïncident avec des prises de position politiques, indiquent que le gouvernement actuel ne tolérera pas les discours anti-gouvernementaux de la part de l’Église. Dans son intervention devant l’APCE à Strasbourg le 28 janvier 2026, le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, a nié que l’Église apostolique arménienne fasse l’objet de persécutions. Il a au contraire affirmé que certains membres du clergé recouraient à une rhétorique politique violente[30]. Dans une déclaration au Parlement européen le 11 mars 2026, Pashinyan a accusé les ecclésiastiques d’«utiliser l’autel du Christ pour prêcher le conflit» et de s’entendre avec les «forces d’opposition»[31].
Ni le BIDDH ni l’APCE n’ont estimé que l’Église apostolique arménienne faisait l’objet de persécutions. Tout en reconnaissant l’existence de tensions entre le gouvernement et l’Église, le BIDDH a noté que plusieurs partis d’opposition, y compris un certain nombre de forces politiques pro-russes, soutiennent ouvertement l’Église apostolique[32]. De plus, l’APCE, dans sa résolution 2635 (2026) sur l’état d’avancement de la procédure de suivi en Arménie, a exprimé ses regrets face à la «polarisation excessive et la stigmatisation des opposants politiques par toutes les parties» et a fait part de ses préoccupations concernant l’escalade des tensions entre le Premier ministre Pashinyan et le catholicos Karekin II, ainsi qu’à propos des informations faisant état de complots présumés de certains ecclésiastiques visant à s’emparer du pouvoir[33].
Néanmoins, si le parti «Contrat civil» parvient à obtenir la majorité parlementaire, il pourrait poursuivre son objectif déclaré de réformer la gouvernance de l’Église apostolique arménienne, notamment par l’adoption d’une nouvelle charte ecclésiastique et l’élection d’un nouveau catholicos[34]. De telles réformes transformeraient fondamentalement les relations entre l’Église et l’État et pourraient redéfinir la portée de l’autonomie ecclésiastique en Arménie.
Une grande partie de la réprobation de l’Église apostolique à l’égard de Pashinyan trouve son origine dans le retrait du gouvernement arménien du sujet du Haut-Karabakh, que de nombreux ecclésiastiques considèrent comme un abandon de l’héritage arménien et une offense envers les Arméniens déplacés. Après la prise de contrôle total de la région par l’Azerbaïdjan en 2023, la quasi-totalité de la population – composée de 120 000 personnes, presque toutes d’origine arménienne – a fui vers l’Arménie. Malgré ses déclarations antérieures selon lesquelles la région du Haut-Karabakh resterait arménienne, Pashinyan affirme désormais que le Haut-Karabakh appartient à l’Azerbaïdjan.
Le Premier ministre est allé jusqu’à contester que le Haut-Karabakh ait jamais appartenu à la République d’Arménie. Le 10 mai 2026, une vidéo de Pashinyan a circulé sur les réseaux sociaux, dans laquelle le Premier ministre demande: «Avons-nous construit une école là-bas, avons-nous construit une crèche, avons-nous construit une usine […] en quoi était-ce à nous? Ce n’était pas à nous»[35]. Une telle déclaration minimise les souffrances des Arméniens qui ont fui la région après les attaques successives de l’Azerbaïdjan à la suite de la deuxième guerre du Karabakh[36]. Cette remise en cause de l’héritage arménien au Haut-Karabakh tend également à affaiblir les arguments en faveur de la préservation des églises, monastères et autres sites du patrimoine chrétien que de nombreux Arméniens considèrent comme sacrés. Le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) a documenté en 2024 que des dizaines d’églises et de khachkars (croix de pierre sculptées) qui existaient depuis des siècles au Haut-Karabakh sont systématiquement retirés et remplacés par l’Azerbaïdjan[37].
En 2023, le Parlement européen a condamné la destruction et le déni par l’Azerbaïdjan du patrimoine culturel arménien au Haut-Karabakh, exigeant que l’Azerbaïdjan protège les sites religieux et historiques et autorise l’UNESCO à en dresser l’inventaire[38]. L’Azerbaïdjan lui-même avait précédemment assuré à la Cour internationale de justice, lors d’audiences tenues le 12 octobre 2023, qu’il «protégerait et n’endommagerait ni ne détruirait les monuments, artefacts et sites culturels du Karabakh».
Le Bureau des musulmans du Caucase à Bakou soutient toutefois que ces lieux saints ont été construits illégalement pendant l’« occupation » arménienne et que l’Azerbaïdjan a donc le droit de les démolir: «Les structures construites par une puissance d’occupation sur un territoire occupé sans consentement sont considérées comme illégales, quelle que soit leur finalité, et doivent, en règle générale, être démolies»[39]. Malgré les engagements pris par l’Azerbaïdjan devant la Cour internationale de Justice et les condamnations du Parlement européen, les destructions se sont poursuivies. En avril 2026, la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu et l’église Saint-Jacques de Khankendi (anciennement Stepanakert) ont à leur tour disparu[40].
La résolution du Parlement européen du 30 avril 2026 concernant les élections arméniennes a réaffirmé le droit des Arméniens à retourner au Haut-Karabakh et a appelé à la protection de leur patrimoine culturel[41]. Cette position est conforme aux mesures provisoires rendues par la Cour internationale de justice le 17 novembre 2023, qui ont ordonné à l’Azerbaïdjan de veiller à ce que les personnes déplacées du Haut-Karabakh qui souhaitent retourner chez elles puissent le faire en toute sécurité, sans entrave et dans la dignité, tout en conservant les documents relatifs à leur identité et à leurs biens[42].
Les conséquences humanitaires du conflit vont également au-delà des déplacements de population et de la destruction culturelle. Une vingtaine de détenus arméniens, dont plusieurs anciens dirigeants politiques et militaires du Haut-Karabakh tels que Ruben Vardanyan, sont toujours emprisonnés en Azerbaïdjan. Dans sa résolution du 30 avril 2026, le Parlement européen a condamné la «détention arbitraire» des prisonniers de guerre, détenus et otages arméniens, a exigé leur «libération immédiate et inconditionnelle» et a appelé l’Azerbaïdjan à se conformer pleinement au droit international humanitaire et au droit international des droits de l’homme.
En réponse, le Milli Majlis (Assemblée nationale) de la République d’Azerbaïdjan a suspendu sa coopération avec le Parlement européen et l’Assemblée parlementaire Euronest le 1er mai 2026[43]. Au lieu d’approuver la position du Parlement européen, Pashinyan a déclaré que les réfugiés du Haut-Karabakh devaient être «définitivement installés en République d’Arménie»[44]. Cette position a été renforcée le 26 mai 2026, lorsqu’un tribunal arménien a approuvé la demande du procureur général de saisir la représentation permanente de la République d’Artsakh à Erevan, où les dirigeants et le parlement en exil du Haut-Karabakh continuent d’exercer leurs fonctions[45].
La réaction de l’Azerbaïdjan, combinée à la renonciation de Pashinyan aux revendications arméniennes sur le Haut-Karabakh, soulève de sérieuses questions quant à l’avenir d’un droit au retour. Il s’agit pourtant d’un droit reconnu par le droit international, mais qui ne bénéficie aujourd’hui que de peu de soutien concret de la part de Bakou comme d’Erevan. L’ECLJ réitère donc son soutien au droit des Arméniens déplacés de retourner au Haut-Karabakh en toute sécurité et dans la dignité, ainsi qu’à la libération des détenus arméniens emprisonnés en Azerbaïdjan[46].
Au cœur des élections du 7 juin se trouve un conflit entre l’objectif de Pashinyan de garantir la paix, et le prix que de nombreux Arméniens estiment devoir payer pour y parvenir. Le rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis, la normalisation des relations avec l’Azerbaïdjan et une rupture progressive avec la Russie sont devenus des éléments centraux de son projet politique. Pourtant, ces politiques restent controversées parmi ceux qui y voient une nécessité de faire des concessions sur le Haut-Karabakh, le patrimoine culturel arménien et le rôle de l’Église apostolique. Les résultats des élections révéleront donc non seulement quelles forces politiques gouverneront l’Arménie, mais aussi quelle vision de l’avenir de l’Arménie l’emportera.
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[1] Michael Martina et Lucy Papachristou, « Les États-Unis et l’Arménie signent un accord de partenariat à l’approche des élections arméniennes », Reuters (26 mai 2026 à 09 h 10, heure de l’Est), https://www.reuters.com/world/us-armenia-sign-strategic-partnership-agreement-ahead-armenian-elections-2026-05-26/.
[2] Donald J. Trump (@realDonaldTrump), Truth Social (28 mai 2026 à 12 h 54 ET), https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/116648998520896910.
[3] « Rencontre du président Ilham Aliyev avec les participants au 2e forum mondial des médias de Choucha », président de la République d’Azerbaïdjan Ilham Aliyev (20 juillet 2024 à 16 h 00 ET), https://president.az/en/articles/view/66533.
[4] Le Figaro, « La Turquie et l’Arménie signent un accord pour restaurer conjointement un pont historique à leur frontière » (6 mai 2026), https://www.lefigaro.fr/international/la-turquie-et-l-armenie-signent-un-accord-pour-restaurer-ensemble-un-pont-historique-a-leur-frontiere-20260505.
[5] Le Monde, « L’Assemblée nationale arménienne vote en faveur du lancement de la procédure d’adhésion à l’UE » (26 mars 2025), https://www.lemonde.fr/en/europe/article/2025/03/26/armenia-national-assembly-votes-for-starting-eu-accession-bid_6739535_143.html.
[6] « Union européenne, Échanges de marchandises avec l’Arménie », Commission européenne (8 mai 2025), https://webgate.ec.europa.eu/isdb_results/factsheets/country/details_armenia_en.pdf.
[7] « Déclaration commune à l’issue du premier sommet Arménie-UE », Conseil européen et Conseil de l’Union européenne (5 mai 2026 à 09h10), https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2026/05/05/joint-declaration-following-the-first-armenia-eu-summit/.
[8] « La Russie rappelle son ambassadeur en Arménie en raison des liens avec l’UE à l’approche du vote », Reuters (30 mai 2026 à 05 h 05 ET), https://www.reuters.com/world/russia-recalls-envoy-armenia-over-eu-ties-ahead-vote-2026-05-30/.
[9] « Le Kremlin a qualifié d’inacceptable la voie empruntée par l’Arménie vers l’adhésion à l’UE », UNN (21 mai 2026 à 00 h 05 ET), https://unn.ua/en/news/the-kremlin-has-called-armenias-course-toward-eu-accession-unacceptable.
[10] Diplomatrutube, « L’Arménie devra faire un choix : Overchuk a averti que l’UEE et l’Union européenne étaient incompatibles » à 1 h 09 (YouTube, 21 mai 2026), https://www.youtube.com/watch?v=vyD0MO8Cukk.
[11] « Vladimir Poutine a répondu aux questions des médias », Président de la Russie (29 mai 2026 à 19 h 30), http://en.kremlin.ru/events/president/transcripts/79910.
[12] Beka Bajelidze, « Arménie : la pression russe s’intensifie à l’approche des élections », Institute for War & Peace Reporting (28 mai 2026), https://iwpr.net/global-voices/armenia-russian-pressure-rises-ahead-polls.
[13] « Rencontre entre Nikol Pashinyan et Vladimir Poutine », Premier ministre de la République d’Arménie (1er avril 2026), https://www.primeminister.am/en/press-release/item/2026/04/01/Nikol-Pashinyan-Vladimir-Putin/.
[14] Alexander Pracht, « Qui est qui dans les élections arméniennes de 2026 ? », CivilNet (14 mai 2026 à 12 h 06, heure de l’Est), https://civilnet.am/en/news/1011838.
[15] « Charte et programme », Parti Arménie prospère (dernière consultation le 1er juin 2026), https://www.bhk.am/en/charter-program.
[16] Alexander Pracht, « Qui est qui dans les élections arméniennes de 2026 ? », CivilNet (14 mai 2026 à 12 h 06 ET), https://civilnet.am/en/news/1011838.
[17] Résolution sur le soutien à la résilience démocratique en Arménie, Parlement européen 2026/2701(RSP), § F (30 avril 2026).
[18] « L’ODIHR lance une mission d’observation électorale en Arménie », Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE (23 avril 2026), https://odihr.osce.org/odihr/663466.
[19] « Les élections en Arménie ne doivent pas être compromises par des ingérences étrangères et il est essentiel que tous les candidats bénéficient de conditions équitables, déclare la délégation préélectorale de l’APCE à Erevan », Assemblée parlementaire (13 mai 2026), https://pace.coe.int/en/news/10295/armenia-s-elections-must-not-be-endangered-by-foreign-interference-and-a-level-playing-field-for-all-contestants-is-essential-says-pace-pre-electoral-delegation-in-yerevan.
[20] « Programme électoral du parti « Contrat civil » pour les élections législatives de 2026 », Parti Contrat civil (3 avril 2026), https://www.civilcontract.am/news-inner/924.
[21] Constitution de la République d’Arménie, art. 17 (adoptée le 12 juin 2015), https://www.president.am/en/constitution-2015/.
[22] « Le parti au pouvoir en Arménie publie un programme anti-Église », International Christian Concern (27 avril 2026), https://persecution.org/2026/04/27/ruling-party-in-armenia-releases-anti-church-platform/.
[23] « MISE À JOUR : les procureurs engagent des poursuites pénales contre le catholicos Karekin II et lui interdisent de quitter l’Arménie », Asbarez (14 février 2026), https://asbarez.com/prosecutors-mount-criminal-case-against-catholicos-karekin-ii-bar-him-from-leaving-armenia/.
[24] Alexander Pracht, « Pashinyan exige la démission du catholicos Karekin II », CivilNet (9 juin 2025), https://civilnet.am/en/news/955555.
[25] Naira Bulghadarian, « L’archevêque emprisonné va faire appel devant la Cour européenne », Radio Free Europe (7 janvier 2026), https://www.azatutyun.am/a/33642379.html.
[26] Raffy Boudjikanian, « Un ecclésiastique canadien arrêté en Arménie dans le cadre d’une présumée tentative de coup d’État », CBC News (26 juin 2025), https://www.cbc.ca/news/politics/bagrat-galstanyan-arrested-armenia-1.7572054.
[27] Radio Free Europe, « Un autre évêque arménien assigné à résidence » (12 février 2026), https://www.azatutyun.am/a/33676132.html.
[28] Lucy Papachristou, « Un archevêque arménien arrêté pour des faits liés à la drogue dans le cadre d’une vague de répression contre le clergé », Reuters (5 décembre 2025), https://www.reuters.com/world/armenian-archbishop-arrested-drug-related-charges-amid-crackdown-clerics-2025-12-05/.
[29] Christian Solidarity International, « L’Arménie interdit au catholicos de voyager, perturbant l’Assemblée épiscopale » (17 février 2026), https://www.csi-int.org/news/armenia-bans-catholicos-from-travel-disrupting-episcopal-assembly/.
[30] Ararat Mirzoyan, ministre des Affaires étrangères de l’Arménie, réponse à une question lors de la session plénière d’hiver de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (28 janvier 2026 à 12 h 28 min 04 s), https://pace.coe.int/en/verbatim/2026-01-28/am/en#theme-2466.
[31] Nikol Pashinyan, Premier ministre de l’Arménie, allocution prononcée lors de la séance du mercredi 11 mars au Parlement européen à Strasbourg (11 mars 2026), https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-10-2026-03-11-ITM-006_EN.html.
[32] Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE, « Arménie, élections législatives, 7 juin 2026 : rapport intermédiaire », 3 (22 mai 2026), https://odihr.osce.org/odihr/664522.
[33] Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, « État d’avancement de la procédure de suivi de l’Assemblée (janvier-décembre 2025), Résolution 2635 (2026) », paragraphe 5.1 (26 janvier 2026), https://pace.coe.int/en/files/35803/html.
[34] « Le parti au pouvoir en Arménie publie un programme hostile à l’Église », International Christian Concern (27 avril 2026), https://persecution.org/2026/04/27/ruling-party-in-armenia-releases-anti-church-platform/.
[35] Vidéo publiée par Clash Report (@clashreport), X (10 mai 2026 à 20 h 27, heure de l’Est), https://x.com/clashreport/status/2053361373908709470?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E2053361373908709470%7Ctwgr%5E3a0202b98c06a79c0a3af83924deffc69a74607f%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.euronews.com%2F2026%2F05%2F11%2Fpashinyan-says-karabakh-was-not-ours-as-armenia-and-azerbaijan-look-to-future.
[36] George Wright, « Haut-Karabakh : l’Arménie annonce que 100 000 réfugiés fuient la région », BBC News (30 septembre 2023), https://www.bbc.com/news/world-europe-66969845.
[37] « L’effacement systématique du patrimoine chrétien arménien au Haut-Karabakh », Centre européen pour le droit et la justice (juin 2024), https://eclj.org/the-systematic-erasure-of-armenian-christian-heritage-in-nagorno-karabakh?lng=en.
[38] Proposition de résolution commune sur la situation au Haut-Karabakh après l’attaque de l’Azerbaïdjan et les menaces persistantes contre l’Arménie, Doc. du Parlement européen RC-B9-0393/2023 (2023).
[39] « Déclaration du Conseil des musulmans du Caucase sur les allégations de démolition de bâtiments illégaux à Khankendi » (27 avril 2026), https://caucasus-muslims.org/en/statement/qafqaz-muselmanlar-idaresinin-xankendi-seherinde-qanunsuz-tikililerin-sokulmesi-ile-bagli-iddialara-dair-beyanati.
[40] Amos Chapple et Mark Krutov, « Photos exclusives : une cathédrale et une église démolies au Haut-Karabakh », Radio Free Europe (27 avril 2026), https://www.rferl.org/a/cathedral-church-demolished-nagorno-karabakh-azerbaijan-armenia-conflict/33743489.html.
[41] Résolution sur le soutien à la résilience démocratique en Arménie, Doc. du Parlement européen 2026/2701(RSP), § 12 (30 avril 2026).
[42] Voir Application de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (Arménie c. Azerbaïdjan), Mesures provisoires, Ordonnance du 17 novembre 2023, Recueil des arrêts de la CIJ (2023), https://www.icj-cij.org/sites/default/files/case-related/180/180-20231117-ord-01-00-en.pdf ; voir également ECLJ, Cour internationale de justice : les Arméniens doivent pouvoir retourner au Haut-Karabakh (24 novembre 2023), https://eclj.org/geopolitics/un/cour-internationale-de-justice--les-armeniens-doivent-pouvoir-retourner-au-haut-karabakh-?lng=en.
[43] Le Milli Majlis de la République d’Azerbaïdjan, « Concernant les activités du Parlement européen contre l’Azerbaïdjan », trad. par l’auteur (1er mai 2026), https://meclis.gov.az//documents/397-VIIQR.pdf.
[44] Le Premier ministre de la République d’Arménie, « Discours du Premier ministre Nikol Pashinyan devant le Parlement européen » (11 mars 2026), https://www.primeminister.am/en/statements-and-messages/item/2026/03/11/Nikol-Pashinyan-Speech/.
[45] Christian Solidarity International, « Les autorités arméniennes cherchent à expulser le gouvernement en exil de l’Artsakh » (29 mai 2026), https://www.csi-int.org/news/armenian-authorities-seek-to-evict-artsakh-government-in-exile/.
[46] ECLJ, « Violations des droits de l’homme en Azerbaïdjan : l’Union européenne et le Conseil de l’Europe doivent agir ! » (21 novembre 2024), https://eclj.org/geopolitics/eu/violations-des-droits-de-lhomme-en-azerbaidjan-lunion-europeenne-et-le-conseil-de-leurope-doivent-agir-?lng=en.