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Institutions Françaises

Laïcité, écoles catholiques, protection de la vie: Léon XIV a répondu présent

Laïcité, écoles catholiques, protection de la vie: Léon XIV a répondu présent

Par Constance Avenel1790933259081
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Le Saint-Père vient d’achever une visite en France qui restera gravée dans les mémoires. Suivie par des millions de téléspectateurs, ce voyage s’est déroulé du 25 au 28 septembre, avec des étapes à Paris, Lourdes et Metz. Quelques jours auparavant, l’ECLJ publiait son rapport Souffrances et espérance de l’Église en France, un état des lieux juridique et sociologique de la situation du catholicisme dans notre pays. Or, sur chacun des grands sujets qu’il développe: la laïcité, la protection de la vie, la liberté des écoles catholiques, le renouveau de la foi chez les jeunes générations ou encore l’identité chrétienne de la France, le pape a répondu présent.

La visite d’une France décatholicisée

Le pape Léon est venu visiter une France en rupture avec ses racines chrétiennes, une France marquée par un déclin de la foi tel qu’on peut parler d’effondrement, ou même d’«éclipse de la foi» selon les termes de Benoît XVI. Les églises sont désertées, la transmission en berne et les vocations sacerdotales en chute libre. L’Église en France subit le poids d’une laïcité qui s’est faite laïcisme, se traduisant par la volonté de l’effacement du fait chrétien de l’espace public. Plusieurs évêques de France s’inquiétaient déjà en 2015 d’un glissement de la «laïcité d'État» vers une «laïcisation de la société».

À cela s’ajoute un phénomène de hausse continue des actes antichrétiens dont la violence augmente et l’éventail s’élargit: d’un prêtre de Beaucaire frappé en plein chemin de croix à la multiplication des incendies criminels d’églises. Les écoles et établissements de santé catholiques sont, quant à eux, soumis à des pressions administratives, budgétaires et idéologiques croissantes, au risque de voir leur identité chrétienne progressivement étouffée.

Ces menaces, le pape ne les a pas ignorées.

Sur la laïcité: «ne pas exclure la religion de l’espace public»

Le 25 septembre à l’Élysée, lors de son premier discours, devant Emmanuel Macron et 500 invités, Léon XIV est revenu sur la conception d’une «laïcité juste», celle qui «n’exclut pas la dimension religieuse de l’espace public ou de l’éducation», mais consiste à «travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun». Il n’a pas manqué de convoquer la «cité terrestre» de saint Augustin, invitant le chrétien à s’engager dans la vie publique et à agir selon «la lumière de sa conscience éclairée par la foi», rappelant que cet engagement ne peut être considéré comme du «prosélytisme ou une menace à l’unité de la Patrie».

Léon XIV s’inscrit ainsi dans la lignée de ses prédécesseurs. Dès Pie XII, les papes ont plaidé pour une «saine laïcité», invitant l’État et les institutions religieuses à unir leurs forces au service du bien commun. Jean-Paul II a formalisé et largement diffusé ce concept pour contrer un athéisme militant. Benoît XVI l’a complété en parlant de «laïcité positive», suggérant que la saine distinction des pouvoirs trouve elle-même sa source dans la tradition chrétienne. François, puis Léon XIV, ont poursuivi la défense d’une laïcité dynamique et non figée, affirmant que la neutralité de l’État ne doit pas signifier l’exclusion du fait religieux de la société.

Léon XIV a aussi su rappeler à la France ses racines chrétiennes, elle qui «brille comme un phare spirituel», l’invitant à demeurer un acteur de paix face aux crises internationales.

Sur les écoles catholiques: «toute leur place dans le paysage éducatif»

Dans la continuité de son discours sur la laïcité, le pape a rappelé qu’une «véritable laïcité» se doit de valoriser la religion comme ressource éducative. Devant les autorités françaises, il a fermement défendu le modèle éducatif catholique, affirmant que l’école catholique a «toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France». Il a insisté sur la légitimité, pour ces établissements, de conserver et de faire vivre leur «caractère propre», qui enrichit le pluralisme de la société.

Ces déclarations interviennent alors que les pressions exercées sur la liberté des établissements catholiques se font chaque année plus fortes: imposition du concept aussi flou qu’extensif de «valeurs de la République», programmes scolaires contraires à la morale chrétienne tels que le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle EVARS, interdiction de la prière en classe, même facultative. Les écoles hors contrat, de leur côté, subissent les coups d’une lutte contre un prétendu «séparatisme».

Sur la protection de la vie: «ce qui est légal n’est pas nécessairement moral»

«Pour que le monde ait la vie», tiré de l’Évangile selon saint Jean, constituait le thème officiel du voyage de Léon XIV, ce dernier faisant de la défense de la vie le cœur battant de son pontificat. Quelques semaines après la promulgation par Emmanuel Macron de la loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, et un peu plus de deux ans après la constitutionnalisation du droit à l’avortement, Léon XIV a rappelé avec force que le droit à la vie constitue le «fondement indispensable de tout autre droit humain». Il a dénoncé le risque de voir la science et la technique transformées en entreprises lucratives, encourageant la manipulation génétique, la GPA ou le commerce d’organes, et a mis en garde contre «l’offre d’une mort programmée». Il a rappelé surtout que «ce qui est légal n’est pas nécessairement moral».

Ce discours résonne dans un contexte de dépendance financière des établissements hospitaliers catholiques, soumis à des exigences croissantes de neutralité dans la prise en charge des patients. Il intervient également alors que se dessine un renversement complet de la conception traditionnelle du soin: fondé sur l’accompagnement fraternel et le soulagement de la souffrance, celui-ci cède progressivement la place à la maîtrise technique de la mort, désormais érigée en acte médical.

Le renouveau parallèle du catholicisme en France

La crise institutionnelle qui traverse l’Église de France s’accompagne pourtant d’un réveil manifeste du désir de Dieu, porté en premier lieu par la jeunesse. Au Stade de France, 80 000 jeunes ont vibré devant les tableaux vivants des grands saints français, ovationné sainte Jeanne d’Arc, chanté le Salve Regina à l’unisson, portés par un pape qui leur a lancé: «Vous êtes les saints de France!»

C’est précisément ce paradoxe que la visite papale est venue mettre en lumière: une soif de transcendance et la volonté d’une génération de renouer avec les racines chrétiennes du pays. Le titre du rapport de l’ECLJ, Souffrances et espérance, annonçait ce double mouvement de déclin et de renouveau. Les chiffres en témoignent: plus de 21 000 baptêmes d’adolescents et d’adultes ont été célébrés en France cette année, dans une progression constante depuis plusieurs années. Lors de sa rencontre avec les néophytes à l’Institut catholique de Paris, Léon XIV s’est dit émerveillé par le nombre croissant de personnes qui demandent à entrer en catéchuménat, appelant les catholiques à les accueillir et à les intégrer.

Cette jeunesse chrétienne ne se contente pas de croire: elle s’engage. Préservation du patrimoine religieux, réévangélisation des territoires ruraux, dévouement auprès des personnes âgées ou handicapées: les initiatives se multiplient. Et que dire des 26 000 jeunes qui, chaque année à la Pentecôte, prennent la route entre Paris et Chartres?

Que cette visite ne soit pas une parenthèse

«Dans la nuit, la lumière apparaît plus éclatante.» C'est par ces mots, inspirés de saint Paul, que Léon XIV a ouvert sa prise de parole lors de la veillée des jeunes. La France chrétienne n'a pas dit son dernier mot: ce voyage l'a prouvé, et avec lui, que le catholicisme demeure bien au goût du jour. Sur chacune des grandes problématiques auxquelles l'Église de France est confrontée, le pape a su apporter une réponse claire et ferme.

Reste à présent à en tirer les conséquences, dans le droit comme dans les politiques publiques. C'est tout le sens du travail de plaidoyer que l'ECLJ continue de mener auprès des pouvoirs publics français comme des institutions européennes et internationales.

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