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Institutions Françaises

La souffrance de l’Église en France

La souffrance de l’Église en France

Par Grégor Puppinck1789977795894
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Les catholiques français se sont habitués à vivre avec une souffrance latente, un sentiment de précarité politique, d’ostracisation, presque de honte. Les catholiques sont non seulement devenus minoritaires au sein de la société française, mais, plus grave encore, ils sont à présent incompris. La population, dans son immense majorité, a perdu le sens des réalités essentielles de la foi chrétienne: la divinité de Jésus, l’existence de l’âme, les vertus, la charité comme amour sacrificiel, la réalité du péché, le salut et la vie éternelle. Cette incompréhension alimente un rejet de l’expression publique de la foi, et particulièrement de la morale naturelle et chrétienne.

Cette souffrance latente, il est essentiel que les catholiques prennent conscience qu’elle n’est pas un état normal. Elle est injuste, et résulte de choix politiques propres à la France. L’Église, autrefois au cœur du village, est repoussée en marge de la société.

Certes, la France n’est pas le seul pays en voie de sécularisation, mais elle est le seul pays catholique européen à avoir régulièrement persécuté l’Église, exécuté et assassiné son clergé, expulsé ses religieux, spolié ses biens, interdit son apostolat. Cette persécution, réitérée depuis 1790, a traumatisé les catholiques.

La France, «fille aînée de l’Église», selon les papes, a pourtant donné une multitude de saints et de missionnaires, en particulier au XIXe siècle, durant lequel elle connut un renouveau extraordinaire qui se heurta, une nouvelle fois, à la persécution de la IIIe République.

La Révolution fut non pas un divorce entre la France et l’Eglise, mais une répudiation violente et sanglante. C’est de cette déchirure qu’est née la République, dans le rejet de l’identité religieuse fondatrice de la France. Depuis, la République se construit en opposition à la France catholique, pour s’y substituer, pour remplacer l’Eglise par la République, l’Evangile par sa philosophie athée. Il s’agit, selon l’expression de Saint Pie X, de «Décatholiciser la France». Il écrivait aux Français, peu après le vote de la loi de 1905 séparant l’Eglise de l’Etat:

«Vous savez le but que se sont assigné les sectes impies qui courbent vos têtes sous leur joug, car elles l'ont elles-mêmes proclamé avec une cynique audace: "Décatholiciser la France". Elles veulent arracher de vos cœurs, jusqu'à la dernière racine, la foi qui a comblé vos pères de gloire, la foi qui a rendu votre patrie prospère et grande parmi les nations, la foi qui vous soutient dans l'épreuve, qui maintient la tranquillité et la paix à votre foyer et qui vous ouvre la voie vers l'éternelle félicité.» (Encyclique Vehementer nos, 1906)

En 1925, l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France déclaraient elle aussi: «Les lois de laïcité sont injustes d’abord parce qu’elles sont contraires aux droits formels de Dieu. Elles procèdent de l’athéisme et y conduisent dans l’ordre individuel, familial, social, politique, national, international.» L’histoire leur a donné raison. Ils ajoutent: «les lois de laïcité ne sont pas des lois. Elles n’ont de loi que le nom, un nom usurpé; elles ne sont que des corruptions de la loi, des violences plutôt que des lois…»

Par la suite, et en particulier depuis le Concile Vatican II (1965), l’Eglise en France s’est accommodée de ce régime politique et tenta d’y trouver sa place, cherchant un apaisement autour d’une conception plus pacifique et inclusive de la laïcité. Depuis, l’Eglise essaye de redéfinir la laïcité de façon libérale. En 2005, pour le centenaire de la loi de séparation, l’épiscopat français identifie la laïcité «à la non-confessionnalité de l’Etat et à sa non-compétence en matière de foi religieuse», et estime avec satisfaction que «cette conception de la laïcité assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes». Il s’inquiète toutefois de «la résurgence d’attitudes et de prises de position marquées par un laïcisme qu’on aimerait croire dépassé». Il s’agit de purger la laïcité de son essence antireligieuse. (Déclaration «L’église catholique et la loi du 9 décembre 1905, cent ans après», 15 juin 2005).

Mais le laïcisme demeure. Dix ans plus tard, en 2015, les évêques de France déplorent plus explicitement encore «qu’un courant de pensée existe dans notre pays pour passer d’une laïcité de l’État à une laïcisation de la société. Certains voudraient que l’ensemble de la vie en société soit laïque et que les citoyens croyants n’expriment et ne vivent leur foi que dans un strict espace privé de plus en plus réduit, voire même caché.» (Déclaration à l’occasion du 110e anniversaire de la loi de 1905, 4 décembre 2015). Encore en 2025, le Cardinal Aveline déclare vouloir résister au «laïcisme».

De fait, les catholiques de France continuent d’être la cible de forces sociales et politiques désireuses de supprimer la religion non seulement de l’Etat, mais aussi de l’espace public, des écoles, des hôpitaux et jusque de l’esprit des nouvelles générations. Le but de Voltaire «d’écraser l’infâme» demeure inchangé chez ses héritiers.

Aujourd’hui, les catholiques se sentent acculés. Pendant des décennies, ils se sont faits discrets, ont accepté leur propre «invisibilisation» pour tenter de survivre dans un monde qui leur devient sans cesse plus étranger. En vain. Aujourd’hui, à vue humaine, ils sont en passe de disparaître, ainsi que la France qu’ils ont forgée. L’Église, en France, devient résiduelle.

Sur le plan culturel, la foi n’est ordinairement plus comprise, et la morale religieuse souvent rejetée. Sur le plan institutionnel, les églises, écoles et hôpitaux sont placés sous le contrôle croissant de l’Etat. Nombre d’églises sont en péril, fermées, vendues ou détruites, tandis que les écoles et hôpitaux catholiques sont soumis à une forte pression politique et financière pour être laïcisés, pour enseigner une morale ou accomplir des actes «médicaux» contraires à la foi catholique. Les familles catholiques sont de plus en plus isolées au sein de la société, rendant très difficile l’éducation chrétienne de leurs enfants. En outre, les catholiques sont de plus en plus victimes d’attaques contre leurs symboles religieux, de vandalisme et de dégradation de leurs lieux de cultes, ainsi que de violences verbales et physiques.

Ce sont ces aspects de la souffrance de l’Eglise en France que ce rapport documente, à l’occasion de la visite du Pape Léon XIV dans ce pays. Il dresse un tableau factuel et juridique des violences et injustices subies actuellement par l’Église. Il expose la croissance des actes anti-chrétiens, analyse les contraintes légales exercées sur les libertés et le caractère propre des écoles et des établissements médico-sociaux catholiques. Ces dernières années ont été marquées par un retour à une «laïcité de combat», par l’adoption de lois tendant à faciliter la fermeture extra-judiciaire d’écoles libres, à renforcer le contrôle sur la liberté d’expression, sur les programmes scolaires, à imposer une éducation sexuelle contraire à la morale catholique, ou encore à interdire l’école à la maison. L’inscription de l’avortement dans la constitution a aussi blessé les catholiques français qui l’ont perçue comme une forme de blasphème officiel. Cette année encore, la majorité de l’Assemblée nationale souhaitait obliger pénalement les établissements médico-sociaux catholiques à pratiquer l’euthanasie, sachant que cela les obligeait soit à se renier, soit à cesser d’exister. Au-delà de ces atteintes légales, les établissements catholiques sont souvent soumis à l’excès de zèle de l’administration, qui prétendent par exemple interdire les prières dans les écoles.

Ce rapport part du constat de l’effondrement du catholicisme en France, tout en observant celui, corrélatif, de la France, comme si la France et l’Église avaient effectivement un destin lié. Jamais la population française n’a été aussi dépressive: elle perd sa mémoire, ne transmet plus la vie et la culture, et sombre dans le désespoir. Elle ne croit plus en son destin.

Les catholiques, en revanche, gardent espoir, animés par la foi, l’espérance et la charité, riches de l’immense patrimoine de la chrétienté. Ils appartiennent à une réalité qui les dépasse. Bien que minoritaires, leur religion les maintient debout dans une société qui s’effondre, et cela suffit à conserver confiance en l’avenir. Debouts, ils sont non seulement une cible, mais deviennent aussi un repère et un point de ralliement pour ceux qui veulent se relever, échapper à l’absurdité du monde contemporain, retrouver leurs racines, et restaurer leur humanité d’êtres spirituels, composés d’un corps et d’une âme, destinés à la vie éternelle.

Lire le rapport.

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