De Casablanca au Christ par la philosophie
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Je m'appelle François Yassine, j'ai 34 ans, je viens du Maroc, de Casablanca, et le Seigneur est venu me chercher dans une famille musulmane tout à fait urbaine et moderne. C'était vraiment dans le secret, secrètement, sans parler avec personne. Je n'avais été contacté par aucun missionnaire, je n'ai été approché par aucun prédicateur. C'était vraiment dans le secret de ma chambre, de ma chambre avec ma maladie. C'était les écrits de Simone Weil et la solitude avec le Seigneur. J'ai trouvé une radicalité évangélique et philosophique qui, paradoxalement, me rend politiquement modéré mais spirituellement radical.

Transcription de la vidéo.

J'ai pu, grâce à l'éducation française que j'ai reçue au lycée français de Casablanca, m'ouvrir à la culture française. Quand j'avais 19 ans, je suis tombé sur une philosophe française particulièrement lumineuse, Simone Weil — avec un W, morte en 1943, pas la députée, mais la philosophe. Cette rencontre avec Simone Weil a été une révolution pour moi, une révolution de mon système de croyance et de ma vision du monde. Ce qui l'a rendue encore plus incarnée et plus touchante, c'est qu'en ce moment-là, enfin en 2012 lorsque je suis tombé sur les œuvres de Simone Weil, j'étais tombé gravement malade. J'étais sur mon lit, exactement comme Saint Ignace de Loyola sur son lit de convalescence. Malade, il avait comme lecture de chevet Sainte Thérèse d'Avila ; moi, c'était Simone Weil.

Je lisais donc, surtout, je suis tombé sur un texte en particulier qui s'appelle L'amour de Dieu et le malheur, et les textes d'Attente de Dieu qui font suite à L'amour de Dieu et le malheur. Je lisais chez Simone Weil exactement ce que je vivais, c'est-à-dire ce mystère du malheur dont elle parlait. Il n'y avait aucun écart entre le vécu et le théorique. C'était vraiment ce que je vivais en 2012, j'avais 20 ans : un mystère d'incarnation. Cela a été permis par le Seigneur ; la maladie m'a rendu disponible à la grâce, m'a rendu attentif à la grâce. Justement, la maladie est, comme dit Simone Weil, la condition d'accès à la vérité, c'est une humiliation extrême et totale. Dans mon cas, ça a été la maladie qui m'a vraiment fait entrevoir la mort même. C'était très grave et très douloureux.

Simone Weil est venue me révéler ce mystère de la croix, ce mystère du malheur et de la miséricorde divine que j'ai trouvé dans son texte L'amour de Dieu et le malheur, et sa correspondance finale avec le père dominicain, le père Joseph-Marie Perrin. Notamment sa lettre de Casablanca, qui était écrite, en plus, au moment et sur le lieu même, la ville même où je subissais ce malheur, la lettre de Casablanca du 26 mai 1942 ou 1943, une lettre sur la miséricorde divine. Simone Weil m'a touché avec quelques passages dans La Pesanteur et la Grâce où elle critique le dieu de l'islam et le dieu du judaïsme comme étant des dieux purement abstraits qui ne rejoignent pas l'humanité, la condition de l'homme, la condition humaine dans sa souffrance, c'est-à-dire qui ne la rejoignent pas dans notre chair, dans notre vécu. Elle a parlé du dieu de l'islam et du dieu du judaïsme comme d'un dieu étranger à la souffrance humaine, au drame humain, et comme d'un Dieu qui ne souffre pas, qui ne meurt pas, qui ne comprend pas la souffrance humaine, et disait que c'est un scandale. On ne veut pas de ce dieu-là parce qu'il ne comprend pas la tragédie du malheur.

J'étais très sensible à ces arguments sur l'incarnation et sur un Dieu qui va à l'encontre de la toute-puissance d'un Dieu impérial, un dieu des armées, mais un Dieu qui se fait tout petit, qui se fait enfant, qui se fait vulnérable, qui se fait persécuter, qui se fait finalement exécuter, humilié dans sa passion. Cette vision d'un Dieu incarné, kénotique, c'est-à-dire qui a fait une kénose, est aux antipodes totales de la vision islamique que j'avais avant d'un dieu impassible, Samad, c'est-à-dire quelqu'un qui n'expérimente pas et qui est complètement étranger au pathos, à la passion, qui ne souffre pas, qui est un Dieu impérial, un Dieu purement abstrait, un Dieu d'entendement comme disent les philosophes.

Cela avait été pour moi un tournant. Simone Weil a vraiment révolutionné mon système de croyance et j'ai commencé à cheminer avec elle, au départ secrètement sans parler avec personne. Je n'avais été contacté par aucun missionnaire, je n'ai été approché par aucun prédicateur. C'était vraiment dans le secret de ma chambre avec ma maladie, les écrits de Simone Weil et la solitude avec le Seigneur. Ensuite, j'ai lu l'Évangile, en particulier l'Évangile de Saint Jean qui m'a le plus touché et dont j'ai retrouvé l'esprit de Simone Weil plus directement. Il avait quelque chose de spécial, cet Évangile de Saint Jean : il avait une coloration platonicienne et mystique qu'on ne retrouve pas forcément dans d'autres évangiles. Justement, la lecture conjointe de l'Évangile de Saint Jean et des écrits tardifs de Simone Weil m'ont permis de reconnaître dans ma chair et dans mon malheur le Dieu incarné, le crucifié comme étant Dieu.

La divinité de Jésus s'est imposée à moi comme dans une révélation privée. Après cela, je ne pouvais plus douter que Jésus soit Dieu ; grâce à Simone Weil, je ne pouvais plus douter de la divinité du Christ. Forcément, cela s'inscrit en faux avec le dogme fondamental de l'islam. Savoir que s'il y a incarnation, tout le Coran est faux et toute la révélation islamique est nulle et non avenue, elle est complètement ruinée.

Là, j'ai commencé en 2013 un travail intense de comparaison entre l'islam et le christianisme, à partir des sources en arabe directement. Je suis allé acheter la biographie officielle, la Sira du prophète Mohammed, et j'ai lu. Concernant les critiques de Simone Weil sur l'islam comme religion militaire, religion impériale et militaire, et du prophète de l'islam comme étant un chef de guerre — elle parlait du "gros animal", du Dieu des armées, elle avait des mots très durs sur l'Ancien Testament qui sont des arguments applicables au Coran —, lorsque je suis allé vérifier cela en arabe dans les sources de la Sira, j'ai trouvé effectivement les guerres, les razzias, les invasions, beaucoup de choses extrêmement immorales et choquantes pour la sensibilité moderne. Avant cela, j'avais une vision idéalisée du prophète Mohammed et cette vision a été complètement ruinée par la découverte des sources. Je me suis dit : "Ce n'est pas possible." Ce qu'on retrouve dans ces sources, c'est vraiment ce qu'aujourd'hui, dans la qualification du droit pénal international, on appellerait des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre, des choses qui sont complètement pénalisées dans les pays civilisés d'aujourd'hui. On ne peut pas, par exemple, être polygame, on ne peut pas avoir d'esclaves sexuels, on ne peut pas tuer au nom de Dieu, on ne peut pas conquérir au nom de Dieu, on ne peut pas imposer la religion par la force.

C'est là que la dissonance cognitive a commencé et est devenue très forte en 2013 à Casablanca. Je me suis dit : "Seigneur aide-moi, il faut que je fasse un choix, il faut que je choisisse." En fait, ce sera soit le prophète Mohammed, soit Jésus. Soit Saint Paul dit la vérité, soit c'est l'islam. Avec toute la conviction philosophique que j'ai acquise grâce à Simone Weil, j'ai fait le choix du Dieu incarné, du Dieu de Simone Weil, du Dieu faible et crucifié qui me paraissait un visage humain, proche et pas effrayant. J'ai pris mon courage à deux mains. J'ai décidé de rompre mes liens spirituels avec l'islam natal de mes ancêtres, de ma nation. Je savais toutes les conséquences que cela allait emporter sur ma vie, parce que c'est un déracinement, une rupture de mon identité nationale, d'une continuité familiale et historique. Je me suis retrouvé complètement aliéné sur le plan identitaire, culturel et national.

J'ai eu le réflexe d'aller chercher des chrétiens marocains autour de moi, d'entrer en contact avec essentiellement des évangéliques. J'ai pu voir leur extrême souffrance dans des églises clandestines de maison où on baptisait dans des salles de bain ; c'est vraiment indigne de toute grande religion de se vivre dans des conditions comme ça. Je me suis dit : "Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Je suis au service de ton Église." C'est comme une Église de martyrs, comme l'Église primitive, une Église souffrante, persécutée et oubliée des autres églises officielles. Dans la prière, je me suis adressé à Dieu et il m'a dit : "Défends mon troupeau, défends mon Église, défends mes brebis." C'est là que j'ai eu le réflexe d'aller m'inscrire à la faculté de droit. J'ai bifurqué, j'ai laissé tomber mes études de commerce, d'économie et de finance, et j'ai décidé de faire du droit. Je me suis dit : "Je vais devenir le défenseur des droits humains et de la liberté religieuse." Je me suis inscrit à la faculté de droit malgré les séquelles de ma maladie et j'ai fait ma licence à l'université Hassan II. J'ai obtenu ma licence en étant major de promo. J'ai pu militer, j'ai donné une interview à la presse marocaine pour le respect de la liberté religieuse et pour appeler les Marocains à la respecter.

Pour mon master, je me suis dit : "Moi, je veux devenir catholique", car Simone Weil voulait être catholique et pas protestante. Je voulais un baptême catholique et pas protestant. Je me suis inscrit sur Campus France pour faire mes études en France et en profiter pour me faire baptiser. J'ai été accepté à la faculté de droit d'Aix-en-Provence, j'ai commencé mes études de droit international et de droit public, et j'en ai profité pour demander le baptême. J'ai été baptisé en 2017 à Marseille par le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine sous protection mariale, puis j'ai été confirmé en 2019, le 2 juin, par Monseigneur Christophe Dufour au Tholonet.

C'était pour moi un début où il fallait complètement que je sorte d'un univers culturel et national pour me réenraciner quelque part. En venant en France, il a fallu que je refasse toute une vie, mais sans oublier mes frères et sœurs en Christ que j'ai laissés dans mon pays d'origine et qui n'ont pas la possibilité de sortir de cet enfer qui est à la fois religieux, social et familial — c'est multidimensionnel. J'ai fait mes études de droit jusqu'au doctorat, et malheureusement, c'est là que j'ai commencé à me heurter aux difficultés du converti en France. Je n'ai pas trouvé l'accueil et la compréhension, surtout de la part des catholiques de France qui cultivent beaucoup l'entre-soi ethnique et sociologique. J'ai trouvé qu'il n'y avait pas assez de sensibilité au parcours des convertis qui viennent de l'autre rive de la Méditerranée, sauf quelques rares associations que j'ai pu découvrir en 2016-2017. J'ai découvert Mission Ismérie, quelques rares personnalités engagées pour l'accueil, mais généralement, les catholiques de France ordinaires n'ont pas beaucoup de compréhension de la galère que c'est de venir comme un transfuge de l'islam de l'autre rive, et de ce que cela implique sur le plan administratif, politique et social. Ils ne savent pas.

Je comptais beaucoup sur mon doctorat pour me faire une situation. Malheureusement, à ma grande surprise et ce fut un véritable choc, ma thèse de doctorat en droit public portait sur la transition démocratique au Maroc. Bien que je l'aie terminée, qu'elle ait été approuvée par mon directeur de thèse, imprimée, soumise au jury et que ma date de soutenance ait été prévue, le jury a émis un veto au tout dernier moment contre ma soutenance parce que ma thèse a été jugée trop critique de l'islam. J'estimais, et je l'estime toujours, que je ne faisais que confirmer un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme de 2003 (Refah Partisi c. Turquie), qui estime que le droit musulman est contraire à la démocratie et aux droits de l'homme, et que l'islam est avant tout un système juridique, un système de charia (Sharia Islamia). Ce sont des normes juridiques avant tout, un code civil, un code pénal ; l'islam, c'est du droit, et pas du tout l'islam apolitique des libéraux, une pure gnose ou un soufisme privé, mais surtout un système politico-juridique. Je disais que cela ne pouvait pas se concilier avec le droit naturel, les droits de l'homme, la démocratie et l'autonomie légitime du pouvoir temporel. J'ai soutenu tout cela dans ma thèse et ils ont trouvé que c'était trop explosif ; je n'ai donc pas pu avoir mon doctorat ni continuer.

C'est là que je me suis retrouvé en très grande vulnérabilité, même en détresse, parce que je ne savais pas quoi faire, mon statut d'étudiant étant arrivé à expiration. Dans cette détresse, j'ai trouvé une protection purement juridique : la protection internationale. J'ai pu rester en France grâce seulement à la République et au droit international, mais je n'ai pas trouvé de soutien dans la communauté catholique. Malheureusement, il n'y a pas de solidarité mécanique, c'est très rare. C'est là que j'ai vu qu'il y avait un grand vide dans l'accompagnement et dans l'accueil, parce que quand on arrive d'un pays musulman, on arrive aussi avec une nationalité, un statut administratif, des contraintes, et on cherche à commencer une nouvelle vie digne et libre avec le Christ. C'est ce que j'essaie de faire maintenant que je suis établi en France durablement.

Le Seigneur s'est révélé à moi dans la maladie, dans l'abîme de la souffrance, et ensuite la philosophie est venue mettre en forme, donner une forme logique à mon expérience spirituelle. Certes, je n'ai pas eu de visions, je n'ai rien eu de sensationnel, mais il y a eu un vécu, quelque chose du Golgotha que j'ai pu vivre dans ma vie privée et dans ma maladie en 2012-2013. Cette écharde dans la chair, cet événement qui m'a frappé une seule fois et a ensuite disparu, a été pris en charge philosophiquement par Simone Weil, et après elle, par plusieurs philosophes chrétiens : Maurice Blondel, les idéalistes allemands, Paul Ricoeur, qui sont ensuite venus consolider ce que Simone Weil m'avait apporté et me confirmer dans la foi chrétienne. Simone Weil a été la pionnière, celle qui a semé, l'intervenante de la première heure, et ensuite d'autres philosophes chrétiens sont venus me conforter.

Pour moi, la réconciliation entre la raison et la foi est ce qu'il y a de plus important, parce que c'est la garantie la plus solide que la foi n'est pas seulement un sentiment ou une émotion, mais une conviction du cœur, une conviction intime qui exige de nous la totalité de notre être. Il faut aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ton intelligence. Par l'intellect, par le cœur, par l'émotion, c'est un tout, une totalité ; il n'y a pas de fragmentation de l'être possible. On ne peut pas se fragmenter, il faut être tout entier au Seigneur et convertir son intelligence à la vérité. C'est très important, et c'est ce qui nous distingue de certaines branches du protestantisme qui sont fidéistes, comme certains évangéliques qui ont une foi purement émotionnelle. Nous, les catholiques, nous avons l'obligation d'harmoniser raison et foi. C'est un mystère d'incarnation parce que rien ne reste étranger au Christ, on lui appartient tout entier : cœur, mémoire et raison. Cette dimension de réconciliation est un enjeu d'incarnation et d'unification de l'être. On ne peut pas rester intellectuellement athée ou être chrétien par son cœur tout en ayant une raison agnostique ou en menant une vie païenne en allant à la messe le dimanche matin ; on est unifié.

Dans l'islam, avant ma rencontre avec Simone Weil, je ne pouvais pas faire cette synthèse entre foi et raison, parce que l'islam, lorsqu'il faut faire cette synthèse, nous impose un droit musulman qui entre en conflit avec la modernité. Si j'avais choisi la radicalité et l'unification dans l'islam, je serais probablement un islamiste aujourd'hui, combattu comme un potentiel terroriste parce que je refuserais la modernité, le libéralisme et les droits de l'homme. Tout cela est absolument hérétique et étranger à la vision islamique orthodoxe et traditionnelle. J'avais cette soif de radicalité et j'ai pu devenir radical au sens évangélique, c'est-à-dire dans le christianisme, sans devenir problématique, extrémiste ou politiquement clivant. J'ai trouvé une radicalité évangélique et philosophique qui, paradoxalement, me rend politiquement modéré mais spirituellement radical.

L'idéologie fait beaucoup de mal au christianisme. Quand je suis venu en France en 2015, j'ai trouvé beaucoup de faux-semblants, beaucoup de fausses charités bourgeoises, un christianisme en décomposition parce que les idéologies modernes dévoient le cœur de l'Évangile. Les idéologies sont des phénomènes du fragment. J'ai trouvé qu'il y avait eu dans mon parcours des tentatives de me récupérer idéologiquement et politiquement, de me faire travailler pour un parti ou une idéologie particulière. J'ai résisté de toutes mes forces à cette récupération parce que je savais qu'elle n'était pas une demande spirituelle, mais une demande politique. Pour moi, outre la réconciliation de la raison et de la foi, il est très important de bien distinguer le spirituel de l'idéologique, d'avoir cette lucidité, de ne pas se laisser exploiter et d'être vraiment libre en Christ. Si le Christ nous a voulus libres, c'est pour que nous ne soyons pas asservis à des volontés humaines particulières.

Voilà grosso modo comment je suis devenu un catholique démocrate et en même temps radical, d'obédience hégélienne aujourd'hui, après un long parcours philosophique et psychanalytique. J'ai pu réconcilier la foi chrétienne catholique avec la psychanalyse aussi, parce qu'il a fallu aller jusqu'au fond des choses. Comme dit Paul Ricoeur, la psychanalyse et la sociologie ne sont nullement des ennemies de la foi, mais au contraire des auxiliaires de la théologie, des moyens de réformer. Je n'ai pas peur des philosophes du soupçon — Freud, Marx et Nietzsche — ; au contraire, tous les trois m'ont permis d'avoir un rapport réformé et critique à la foi chrétienne, d'aller en profondeur et de ne pas en rester seulement à l'émotion.

Pour moi, ce que j'ai vécu a été un miracle, une grâce non méritée, le don du Seigneur. J'ai reçu cette surabondance de miséricorde divine après ma maladie. Comme dit le proverbe, à quelque chose malheur est bon : il a fallu que je tombe malade et que je souffre pour qu'il y ait de l'attention disponible pour le Seigneur, pour que je puisse être travaillé par la grâce de Dieu et comprendre ce que signifient la croix, la mort de Dieu et le mystère pascal. Forcément, quand j'étais musulman, je ne comprenais pas. C'était un scandale, comme dit Saint Paul, scandale pour les Grecs et blasphème pour les Juifs ; c'était un scandale que Dieu puisse mourir. Aujourd'hui, spéculativement et philosophiquement, je peux le comprendre, je le comprends, c'est ce qu'on appelle le vendredi saint spéculatif.

J'ai beaucoup rationalisé ma foi dans la philosophie, je l'ai sublimée dans des formes philosophiques, ce qui me permet d'être plus disponible pour le droit et pour travailler dans le monde, car il faut savoir en France distinguer le politique et le spirituel, la laïcité. Mon témoignage se résume à cela, et je l'ai d'ailleurs publié dans un ouvrage, Via Crucis Hegeliana, publié sur Amazon, qui est un témoignage conceptuel pour les initiés de la philosophie qui s'intéressent au cheminement et à la méthode philosophique. Comment il est aussi possible de rencontrer le Seigneur par la raison ; c'est un chemin vers le ciel parmi d'autres, de trouver le Seigneur par les voies de la philosophie. Le Seigneur peut se révéler à nous par une multitude de moyens, s'adresser à notre intellect, à notre imagination ou à notre sensibilité de plusieurs manières. Dans mon cas, cela a été par la voie philosophique, une voie tout à fait légitime de rencontre avec le Seigneur. Je vous remercie.

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