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Institutions Françaises

Comment le langage inclusif marginalise le français diplomatique

Comment le langage inclusif marginalise le français diplomatique

Par Nicolas Bauer1772464616405
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Malgré son statut de langue officielle, la langue française est de moins en moins pratiquée au sein des institutions internationales. Le langage inclusif risque d’accentuer ce déclin, jusqu’à la disparition du français diplomatique. Tribune publiée dans Valeurs actuelles.

Le français figure parmi les langues officielles des Nations unies (ONU) et du Conseil de l’Europe. Il sert aussi de langue de travail au sein de la Commission européenne. Pour autant, la pratique du français a radicalement baissé dans chacune de ces institutions. Par exemple, alors que 40% des documents émanant de la Commission étaient initialement rédigés en français en 1997, c’est le cas aujourd’hui de moins de 4%.

Ce phénomène linguistique ne peut pas être isolé de la géopolitique. Le déclin du français s’explique d’abord par la domination de l’anglais au niveau mondial, du fait de l’influence des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sans son statut juridique favorable, la langue française aurait même du mal à survivre au sein des institutions internationales. Ce statut permet au moins aux francophones de choisir de pratiquer le français plutôt que l’anglais, ce qui est un privilège.

La défense du français diplomatique est l’un des objectifs de deux événements internationaux qui se tiendront à Paris dans les prochaines semaines, la Journée internationale de la langue maternelle (21 février) et la Semaine de la langue française et de la francophonie (17-20 mars). Il est cependant regrettable que le gouvernement n’aborde pas la question du français «inclusif», qui s’est généralisé ces deux dernières années dans les institutions internationales et qui pourrait constituer un nouveau frein à l’usage du français en leur sein.

Des normes d’inclusivité très détaillées

Depuis 2024, les institutions internationales ont ajouté une nouvelle exigence à la pratique du français, qui doit dorénavant respecter des normes d’inclusivité. Avant de parler ou d’écrire, il convient d’avoir assimilé les dizaines de pages de Lignes directrices sur le langage inclusif. Chacun de ces documents commence par des notions de base, comme éviter le fameux «Mademoiselle» et refuser d’appliquer la célèbre règle grammaticale dite «le masculin l’emporte sur le féminin». Il ne faudrait plus dire «les étudiants» ou «les patients» mais «la population étudiante» et «les personnes en parcours de soin».

Ces Lignes directrices vont cependant plus loin au point que ce français inclusif devient difficile à maîtriser, y compris pour les francophones. Au Conseil de l’Europe, même les formules comme «celui ou celle» ou «certains ou certaines» sont dorénavant bannies, car elles véhiculeraient une «conception binaire du genre». Il faut privilégier au contraire les pronoms neutres comme «quiconque», «plusieurs» ou «quelques». Pour ceux qui persistent à utiliser le masculin et le féminin, le Conseil de l’Europe propose de recourir à l’accord dit «de proximité». Ainsi, il conviendrait d’écrire «Chers et chères amies» ou «Elles et ils sont partis».

L’ONU invite chaque division ou service à choisir entre plusieurs options de langage inclusif. Il existe donc plusieurs versions du «français inclusif» au sein même de l’institution. Par exemple, quatre stratégies typographiques sont proposées, accompagnées d’illustrations: la barre oblique («les administrateurs/trices sont partis/es»), les parenthèses («les administrateurs(trices) sont parti(e)s»), le point («les administrateurs.trices sont parti.e.s») et le point médian («les administrateurs·trices sont parti·e·s»). Pour ce dernier, même le raccourci clavier «Alt + 0183» est précisé.

Une instrumentalisation de la langue française

Les groupes de travail des institutions internationales se penchent par ailleurs sur leurs textes fondateurs, accusés de contenir des «expressions privilégiant un genre par rapport à un autre». Le but du Conseil de l’Europe, d’après son Statut (1949), est de promouvoir les «droits de l’homme». Cela a conduit les États à adopter la Convention européenne des droits de l’homme et à se soumettre à la Cour européenne des droits de l’homme. Les Lignes directrices du Conseil de l’Europe indiquent pourtant qu’il faudrait dorénavant promouvoir les «droits humains».

Ces normes d’inclusivité reposent sur une vision de la langue qui se limite à une approche sociologique engagée et assumée, selon laquelle «la langue a le pouvoir de faire évoluer les attitudes culturelles et sociales». Cette dimension prime sur la principale fonction du langage, qui est de communiquer et donc de pouvoir s’exprimer et se comprendre. Les Lignes directrices existantes ne s’inquiètent pas de la complexification de la langue qu’elles imposent. Elles précisent simplement que diverses formations sont organisées pour le personnel sur les « mises à jour » régulières des normes d’inclusivité.

Face à ce français inclusif des institutions internationales, la seule réaction publique du gouvernement est une réponse à une question écrite posée par la députée Marie-France Lorho. Le gouvernement a affirmé s’engager pour défendre les fondements et la lisibilité de la langue française au sein des institutions internationales. Il a indiqué notamment que le Représentant permanent de la France au Conseil de l’Europe, Pap Ndiaye, se chargera de cette mission. Cette réponse n’est qu’à moitié rassurante, quand on sait que M. Ndiaye s’était exprimé en faveur du «français inclusif» lors de son passage au ministère de l’Éducation nationale.

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