

Le Massachusetts autorise l'IVG jusqu’à la naissance
Une nouvelle étape a été franchie en matière d'avortement dans un État américain. Au Massachusetts, l'intervention peut désormais être pratiquée jusqu'au terme de la grossesse, sur simple accord du médecin. Une réforme qui place cet État parmi les législations les plus permissives du pays en la matière.
Le 10 août 2026, la gouverneure démocrate du Massachusetts, Maura Healey, promulguait la loi «Prioritizing Patient Access to Care Act», qui bouleverse le cadre juridique de l’avortement dans cet État américain. Jusqu'alors, l’intervention était librement permise pendant les 24 premières semaines de grossesse, soit déjà 10 semaines de plus qu’en France. Au-delà, elle n'était autorisée que dans quatre situations particulières: danger pour la vie de la mère, danger pour sa santé physique ou mentale, malformation fœtale entraînant la mort, ou diagnostic incompatible avec une vie extra-utérine.
Ce cadre, déjà permissif, vient d'être purement et simplement supprimé. Il est désormais remplacé par une clause unique et vague: l'avortement «peut être pratiqué par un médecin sur la base de son jugement professionnel». Rien n'interdit plus, désormais, de mettre fin à une grossesse jusqu’à son terme. Cette loi supprime non seulement toute limite de temps mais aussi tout critère médical objectif. Il ne reste que l'appréciation du praticien — une appréciation libre, sans aucune balise légale pour l'encadrer.
Avec ce texte, le Massachusetts rejoint neuf autres États américains — Alaska, Colorado, Maryland, Michigan, Minnesota, New Jersey, Nouveau-Mexique, Oregon et Vermont — qui ont déjà supprimé toute limite de délai à l'avortement. La gouverneure Healey a présenté cette réforme comme une garantie que «les décisions de santé reproductive doivent être prises par la patiente et son médecin», sans «incertitude juridique». Mais derrière ce discours procédural se cache une réalité sanglante: un enfant à naître parfaitement viable peut désormais être avorté jusqu'au terme, sur le seul fondement d'un jugement médical discrétionnaire. Et lorsqu’un enfant viable est avorté, il arrive qu’il survive à son avortement et qu’il soit tué après sa naissance, comme l’ECLJ l’avait montré dans ce reportage :
Selon les statistiques du département de la Santé publique du Massachusetts, 99 avortements ont été pratiqués après 24 semaines de grossesse en 2024, contre 84 en 2023: une hausse que la nouvelle loi va certainement prolonger.
Les associations pro-vie locales, telles que Massachusetts Citizens for Life, ont dénoncé une loi qui «normalise la mort d'enfants pleinement formés» et «pousse des femmes vulnérables à laisser mourir leur enfant à naître par des actes d'une extrême violence». Les quatre évêques catholiques du Massachusetts avaient appelé les élus à rejeter le texte, qualifiant la suppression des restrictions après 24 semaines de mesure «radicale» et «gravement immorale».
Maura Healey présente ce texte comme une réponse nécessaire à des situations très difficiles. Elle cite le cas de femmes contraintes de parcourir des centaines de kilomètres et de dépenser des milliers de dollars pour avorter dans un autre État; des témoignages, dit-elle, «marqués par beaucoup de douleur, d'angoisse et de déchirement». Elle revendique le droit pour ces femmes de «recevoir les soins dont elles ont besoin dans le Massachusetts».
L’argument de la compassion est indécent quand on sait qu’au troisième trimestre, l'enfant à naître possède un système nerveux pleinement développé, ressent la douleur, et serait, en dehors de toute intervention, capable de survivre en dehors du ventre de sa mère. Les progrès de la médecine néonatale permettent aujourd’hui de sauver des grands prématurés à des stades de plus en plus précoces. Chaque année, au Massachusetts, des milliers de bébés naissent prématurément, et la grande majorité d’entre eux survivent.
Cette nouvelle loi montre les limites de la décision de la Cour suprême des États-Unis qui a annulé Roe c. Wade en juin 2022 (arrêt Dobbs). La Cour suprême a constaté que la Constitution américaine ne contenait pas de droit à l’avortement et a redonné une liberté totale à chaque État d'autoriser ou d'interdire l'avortement. Certains États ont donc restreint l’accès à l’avortement mais d’autres, comme le Massachusetts, ont autorisé l’avortement jusqu’au terme de la grossesse. Le combat pour la protection du droit à la vie est donc loin d’être terminé.