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Le ministre arménien des Affaires étrangères nie la persécution de l’Église arménienne devant l’APCE

Un ministre arménien nie la persécution de l’Église arménienne

Par Thibault van den Bossche1770627892041
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Depuis 2024, une quinzaine de membres du clergé de l’Église apostolique arménienne, dont quatre évêques en exercice, ont été arrêtés en Arménie, et six autres évêques ont été interdits de quitter le territoire arménien, dans un contexte de confrontation sans précédent entre l’État et l’Église. Pourtant, la persécution ne serait qu’une rumeur selon le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, qui s’est défendu devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 28 janvier 2026.

Dans sa résolution 2635 du 26 janvier 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) déplorait en Arménie «une polarisation excessive de la vie politique ainsi que la stigmatisation des opposants par l’ensemble des acteurs politiques». Elle se disait aussi «profondément préoccupée par les tensions persistantes entre le Premier ministre et le chef de l’Église apostolique arménienne, ainsi que par les informations faisant état de prétendus complots visant à usurper le pouvoir, impliquant plusieurs membres du clergé».

Dans le même texte, l’Assemblée demandait «instamment aux autorités azerbaïdjanaises de mettre fin aux poursuites engagées à des fins de représailles et de libérer immédiatement toutes les personnes détenues pour des motifs politiques, y compris vingt-trois détenus arméniens». Par ailleurs, la délégation de l’Azerbaïdjan demeure suspendue de l’APCE, ses pouvoirs n’ayant pas été ratifiés depuis janvier 2024, en raison de manquements persistants aux obligations découlant de l’adhésion au Conseil de l’Europe.

C’est dans ce climat tendu que, le 28 janvier 2026, le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, a souligné devant l’APCE la volonté de l’Arménie de poursuivre la paix et de normaliser ses relations avec l’Azerbaïdjan et la Turquie. Dans son discours, il a aussi évoqué les efforts du gouvernement pour se rapprocher des standards du Conseil de l’Europe, tout en sollicitant une attention et une coopération continues de la part de l’Union européenne, à laquelle l’Arménie souhaite adhérer. Si l’intervention portait principalement sur des enjeux internationaux et régionaux, elle a également fait écho aux tensions internes actuelles.

Aucun évêque ni prêtre n’appelle à un coup d’État armé

En réponse à la question de Sir Edward Leigh (ECPA), Mirzoyan a présenté la persécution de l’Église en Arménie comme une simple rumeur, justifiant l’arrestation d’une quinzaine de membres du clergé comme une mesure légitime relevant de l’État de droit. Pour le ministre, «certains citoyens arméniens appellent publiquement à renverser, par la force et par un coup d’État armé, un pouvoir élu démocratiquement. Ils vont jusqu’à appeler au meurtre de représentants des autorités arméniennes, y compris moi-même».

En réalité, aucun évêque ni prêtre n’appelle à un coup d’État armé, à la violence armée ou à l’assassinat de responsables. Certains d’entre eux ont seulement appelé à la démission du Premier ministre Nikol Pachinian, soutenu ou participé à des manifestations de masse, tenu des discours très durs, parfois apocalyptiques, sur la survie de l’Arménie, et dénoncé l’abandon du Tavush et du Haut-Karabakh qu’ils considèrent comme une trahison nationale. En réponse, Pashinian a appelé à plusieurs reprises le catholicos Karékine II à démissionner afin de «purifier l’Église», l’accusant d’avoir enfreint son vœu de célibat et d’avoir un enfant. Ces prises de position croisées s’expliquent par l’importance institutionnelle de l’Église apostolique arménienne, garante de la continuité de la nation arménienne.

La «mission exceptionnelle» de l’Église apostolique arménienne dans la vie spirituelle du peuple arménien

L’Église apostolique arménienne existait bien avant l’État arménien moderne. Alors que la République actuelle n’a été fondée qu’en 1991, l’Église constitue le socle de la nation depuis l’an 301, lorsque l’Arménie est devenue le premier pays à adopter le christianisme comme religion d’État. Après la chute du royaume d’Arménie en 428, le peuple arménien a traversé plus de quinze siècles sans État souverain durable. Durant cette longue période de domination étrangère, l’Église a exercé un rôle d’autorité nationale de facto et c’est précisément pour cette raison que l’article 18 de la Constitution arménienne lui reconnaît une «mission exceptionnelle d’Église nationale dans la vie spirituelle du peuple arménien, son rôle dans le développement de la culture nationale et la préservation de l’identité nationale».

Les tensions entre l’Église et le Premier ministre ont émergé après la Révolution de velours de 2018. Le nouveau gouvernement a d’abord mis en avant des réformes anticorruption et démocratiques. Les relations avec l’Église se sont toutefois dégradées lorsque des responsables politiques ont commencé à évoquer la nécessité de réformes internes, portant notamment sur la gouvernance de l’institution, sa gestion financière et la place du clergé dans la vie publique. Ces prises de position ont été perçues comme une remise en cause de l’autorité et de l’autonomie de l’Église. La défaite arménienne partielle de novembre 2020 au Haut-Karabakh a marqué un tournant, provoquant une crise politique majeure. Dans ce contexte, le catholicos Karékine II a publiquement appelé à la démission du Premier ministre, et il a réitéré cet appel après la chute totale du Haut-Karabakh en septembre 2023, plaçant durablement l’Église au cœur de la contestation nationale.

L’escalade de Pachinian contre l’Église: la «Vraie Arménie» contre la «Lutte sacrée»

En réaction aux concessions territoriales du gouvernement Pachinian dans la région de Tavush au profit de l’Azerbaïdjan, le mouvement de la «Lutte sacrée» a émergé en mai 2024. Il a pris une dimension nationale en mai 2025, lorsque l’archevêque Bagrat Galstanyan a conduit une marche historique vers Erevan. Celle-ci a donné lieu à de violents affrontements et à l’arrestation d’une quinzaine de membres du clergé, dont Mgr Mkrtich Proshyan, Mgr Mikael Ajapahyan, et Mgr Bagrat Galstanyan. Pour justifier ces poursuites, le gouvernement arménien invoque la paix, la démocratie et la stabilité institutionnelle. Toutefois, ce traitement pénal fragilise un rôle pourtant protégé par la Constitution. Il porte atteinte à l’autonomie de l’Église, à son autorité morale et à sa capacité à défendre les droits des Arméniens — en particulier ceux déplacés après le nettoyage ethnique du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan — ainsi qu’à la préservation de leur patrimoine religieux et culturel.

Dans un second temps, les autorités arméniennes ont procédé, le 4 décembre 2025, à l’arrestation d’un quatrième membre du clergé de haut rang, l’archevêque Arshak Khachatryan. Il est accusé d’avoir organisé la dissimulation de stupéfiants dans le sac à dos d’un manifestant lors d’une protestation de 2018 dirigée contre le catholicos Karékine II. Puis, le 31 janvier 2026, avec une célérité jugée exceptionnelle, les autorités ont interdit de quitter le territoire à six évêques — Makarios, Hovnan, Natan, Haykazun, Mushegh et Vahan — ainsi qu’au père Movses, secrétaire du Conseil spirituel suprême. Cette mesure, officiellement justifiée par une enquête pénale, est intervenue à la veille d’une assemblée épiscopale internationale prévue en Autriche du 16 au 19 février 2026. Les intéressés sont accusés de s’être opposés à l’exécution d’une décision d’un tribunal civil ordonnant la réintégration provisoire de l’évêque Arman (Gevorg) Saroyan, ancien responsable du diocèse de Masis, destitué puis défroqué le 27 janvier par le Catholicos Karékine II.

Les refontes constitutionnelles de l’État et de l’Église au cœur du conflit

À la suite de plusieurs déclarations de Pachinian au début de l’année 2025, le gouvernement a commencé à promouvoir l’idéologie de la «Vraie Arménie» afin de redéfinir l’identité nationale. Ce concept oppose la «Vraie Arménie», limitée aux frontières internationalement reconnues de la République actuelle, à l’«Arménie historique», qui renvoie aux terres ancestrales et aux références spirituelles du peuple arménien. Par ce repositionnement, Pachinian entend privilégier un État pragmatique et la paix régionale, en renonçant aux risques politiques et stratégiques associés aux revendications historiques. L’Église et la diaspora arménienne critiquent fortement cette idéologie. En réduisant l’identité nationale à un cadre strictement administratif, le gouvernement abandonne le Haut-Karabakh (avec le projet d’en retirer la référence dans le préambule de la Constitution) et fragilise le lien avec les 5 à 8 millions d’Arméniens de la diaspora, pour 3 millions en Arménie.

Dans le prolongement de l’idéologie de la «Vraie Arménie», Nikol Pachinian dit vouloir engager une refonte constitutionnelle d’ampleur. Il évoque la création d’une «Quatrième République», qui passerait par un référendum après une éventuelle victoire aux élections législatives prévues le 7 juin 2026. En parallèle, le 8 décembre 2025, le gouvernement a ouvert un nouveau front en lançant une «feuille de route» pour la réforme interne de l’Église et en annonçant la mise en place d’un conseil de coordination chargé d’en piloter la mise en œuvre. Soutenu par dix évêques, Pachinian a demandé le 5 janvier 2026 la destitution du catholicos actuel, l’adoption d’une nouvelle constitution pour l’Église et l’élection d’un nouveau catholicos. En réponse, l’Église affirme que la réforme de son organisation interne ne relève pas de l’État mais de ses propres structures canonique et ecclésiastique. De plus, les mesures proposées violeraient la Constitution arménienne actuelle qui garantit l’autonomie de l’Église.

Paix avec l’Azerbaïdjan et pivot occidental pour la survie de l’Arménie

Ce conflit interne se déploie enfin sur fond de repositionnement stratégique majeur de l’Arménie. Sur la scène régionale, elle fait désormais de la conclusion d’une paix durable avec l’Azerbaïdjan une priorité, condition par ailleurs requise par la Turquie pour ouvrir sa frontière commune avec l’Arménie. À l’issue des discussions tenues à Washington D.C. en août 2025, les deux pays du Caucase ont paraphé un accord de paix en 17 articles et signé une déclaration conjointe sur leurs relations futures. Ce cadre repose sur la reconnaissance mutuelle de l’intégrité territoriale et sur la poursuite de la délimitation des frontières, en particulier dans la région de Tavush, afin de réduire les risques de nouvelles escalades militaires. Ces négociations traitent également la question des otages arméniens en Azerbaïdjan. Le 13 janvier 2026, quatre d’entre eux ont été libérés, contre deux mercenaires syriens djihadistes détenus par les autorités arméniennes.

Parallèlement, l’Arménie assume le déclin de son alliance avec la Russie. Déçue par l’inaction de Moscou lors de la chute du Haut-Karabakh en septembre 2023, l’administration Pachinian a ratifié le statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) en octobre 2023 et gelé sa participation à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) en janvier 2024. L’Arménie cherche dorénavant à intégrer une architecture sécuritaire et économique occidentale. Le vice-président des États-Unis, JD Vance, se rendra en Arménie et en Azerbaïdjan au cours du mois de février, dans la poursuite d’un accord de paix. Le corridor Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP), voulu par le président américain Donald Trump, prévoit une liaison entre l’Azerbaïdjan et sa province autonome du Nakhitchevan via le territoire arménien. Par ailleurs, les relations avec l’Union européenne progressent avec le dialogue sur la libéralisation des visas et l’octroi le 29 janvier 2026 d’un soutien de 20 millions d’euros en matière de défense par l’intermédiaire de la Facilité européenne pour la paix (FEP).

L’ECLJ rappelle l’autonomie indispensable de l’Église

Dans ce contexte national et régional particulièrement tendu, l’ECLJ rappelle son engagement de longue date en faveur de la protection du patrimoine arménien au Haut-Karabakh, de la libération des otages arméniens détenus à Bakou, ainsi que du droit des Arméniens à un retour libre, sûr et digne. S’agissant de la situation intérieure en Arménie, l’ECLJ rappelle que la liberté de religion implique la protection des institutions religieuses contre toute pression disproportionnée de l’État, et que le pluralisme démocratique suppose le respect des contre-pouvoirs, y compris moraux et religieux. Le maintien d’une coopération étroite avec les dirigeants ecclésiastiques demeure dès lors indispensable pour bâtir une paix solide et durable, tant à l’intérieur des frontières de l’Arménie, qu’avec sa diaspora et les États voisins.

L’Azerbaïdjan devrait être exclu du Conseil de l’Europe
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