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Développements de l'affaire Andrew Brunson: il a été libéré !

Dévelopements de l'affaire A. Brunson

Par ECLJ1539320820000

Mise à jour : Vendredi 12 octobre 2018 le pasteur Brunson a été libéré. À ce jour, il a quitté la Turquie et est rentré aux États-Unis.

 

Andrew Brunson est injustement emprisonné en Turquie depuis octobre 2016. Il a été présenté trois fois à un juge turc en 2018 : le 16 avril, le 7 mai et le 18 juillet. Le procès a été retardé sans aucune justification raisonnable et la prochaine audience a été repoussée au 12 octobre, soit deux ans après le début de sa détention préventive.

En raison de problèmes de santé, le Tribunal d'Izmir a accepté le 25 juillet 2018 que le pasteur Brunson puisse quitter la prison et soit placé en résidence surveillée.

Selon l'acte d'accusation de 62 pages, le pasteur Brunson aurait contribué à la préparation de la tentative de coup d'Etat turc de 2016, en coordination avec le mouvement de Fethullah Gülen et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Ces accusations reposent principalement sur des « témoins anonymes » et sur des « documents secrets ». Le pasteur Brunson est également accusé de « diviser et séparer [la Turquie], par le biais de la christianisation ». Il aurait agi comme « un agent de guerre non conventionnelle » sous le « masque d'un pasteur d'église évangélique ». L'acte d'accusation identifie  la « christianisation » avec le terrorisme et considère que la foi chrétienne met en danger l'unité de la Turquie. Selon un « témoignage anonyme », les protestants croient que le président Erdoğan est l'antéchrist et que les protestants américains « comptent être les précurseurs de la guerre à venir... ». Il déclare en outre que la guerre sera initiée par Israël, et que les protestants croient que « tous les humains sont esclaves des fils d'Israël et des protestants. »

Faire du pasteur Brunson un terroriste ne pourrait être plus éloigné des faits. En effet, il a vécu paisiblement en Turquie avec sa femme et ses trois enfants pendant 23 ans. Andrew Brunson servait ouvertement comme pasteur de l'église de la résurrection d'Izmir, sans aucun incident avec les autorités. En tant que chef religieux, Andrew Brunson a spécialement travaillé pour garder les activités politiques loin de lui et de son église. Bien sûr, il a partagé sa foi avec la population comme tous les autres chefs religieux, ce qui fait partie de sa liberté religieuse. L'incrimination pour « christianisation » dans un État partie au Conseil de l'Europe ne peut absolument pas être justifiée et est très préoccupante.

En fait, les accusations portées contre le pasteur Brunson sont basées sur une théorie du complot qui veut que la population croit que tous les opposants politiques complotent contre M. Erdoğan. À cet égard, l'acte d'accusation déclare qu'Andrew Brunson, le mouvement de Fethullah Gülen et le PKK « abusent des croyances religieuses des personnes et tentent de créer une synergie qui menace leur propre gouvernement. » Dans le même temps, le procureur turc reconnaît que le pasteur Brunson n'est pas membre de ces mouvements et qu'aucun lien direct n'est établi entre lui et la tentative de coup d'état de 2016. Les allégations du procureur ne sont donc pas fondées sur des faits établis.

De plus, le président Erdoğan utilise le pasteur Brunson comme monnaie d'échange depuis que l'affaire a attiré l'attention du public. Le président des États-Unis Donald Trump, le vice-président Mike Pence et l'ancien secrétaire d'État Rex Tillerson ont demandé la libération d'Andrew Brunson à plusieurs reprises. En réponse à cet appel, le président Erdoğan a demandé d'échanger le pasteur Brunson contre Fethullah Gülen. Cette offre prouve qu'Andrew Brunson n'est pas seulement un prisonnier religieux, mais aussi un prisonnier politique.

Le 7 février 2018, le Parlement européen a voté une résolution « [demandant] au gouvernement turc de libérer le pasteur Andrew Brunson et de lui permettre de rentrer chez lui » (2018/2527 (RSP)).

Le 9 mars 2018, son cas a été porté devant les organes des Nations unies à Genève. La fille du pasteur Brunson a également partagé son témoignage personnel devant le Conseil des droits de l'homme. Le 20 avril, les deux tiers des sénateurs américains ont adressé une lettre bipartisane au président Erdoğan « dans l'espoir que justice serait faite et que le pasteur Brunson serait réuni avec sa famille ». 24 membres de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe ont par ailleurs signé une déclaration écrite (n ° 651, document 14492).

Le 5 juillet 2018, en prévision du troisième jour de procès du pasteur Brunson, 98 députés européens issus de tous les groupes politiques et de 21 pays avaient envoyé la lettre ouverte de l'ECLJ pour rappeler au président Erdoğan « les engagements européens et internationaux de la République de Turquie en matière de liberté de religion, d'interdiction de la détention arbitraire et de droit à un procès équitable ». Ils avaient notamment protesté « contre le fait que le pasteur Brunson a dû attendre près d'un an et demi avant d'être inculpé » et contre « le fait que l'acte d'accusation associe la « christianisation » au terrorisme, considérant la foi chrétienne comme une menace pour l'unité de la Turquie, alors que le christianisme a été présent pacifiquement sur cette terre bien avant la République de Turquie actuelle ».

La société civile s'engage également de plus en plus pour la libération du pasteur Brunson. Une pétition a déjà recueilli 600 000 signatures et des milliers de chrétiens prient pour lui.

Ces fortes réactions politiques et citoyennes révèlent que cette affaire a contribué à rendre encore plus conflictuelles les relations entre la Turquie et les pays occidentaux. Le coût politique du maintien en détention préventive du Andrew Brunson est donc de plus en plus élevé pour la Turquie. Pour cette raison, son avocat Ismail Cem Halavurt et de nombreux diplomates s'attendaient à une libération du pasteur Brunson en juillet 2018. Cet espoir semblait accompagné d'une volonté conjointe de renouer des relations pacifiques entre la Turquie et les États-Unis. Malheureusement, un troisième report du procès a été annoncé, cette fois au 12 octobre 2018. Cette inquiétante obstination du président Erdoğan confirme la fin de l’État de droit en Turquie.

Les efforts internationaux de l'ECLJ ont déjà porté leurs fruits. À la suite de nos demandes, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a accepté de se prononcer sur son cas. C'est une avancée importante pour Andrew Brunson puisque ce groupe de travail n'accepte qu'un nombre limité de cas chaque année. La détention de ce pasteur d'une humble communauté religieuse est ainsi devenue une affaire emblématique des dérives du régime d'Erdoğan et du durcissement des relations entre la Turquie et l'Occident.